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>>Maradona par Kusturica. Nouveau sélectionneur de l’équipe argentine.

Cannes, mai 2008



Diego Armando Maradona est le nouveau sélectionneur de l’équipe argentine de football.


Diego Maradona, 47 ans, footballeur unique. Il apparaît, fier et fanfaron, le génie argentin du foot dans le documentaire que lui consacre Emir Kusturica, projeté à Cannes, en présence du footballeur, mardi 20 mai. Il sortira en salles le 28 mai.



Ce n’est pas un film de football. Ce n’est pas une enquête” dit Kusturica, deux Palmes d’or. C’est un film sur le dieu vivant, la dévotion qu’il suscite encore en Argentine, en Serbie, à Cuba et à Naples, ville à laquelle il a redonné de la fierté en remportant deux titres de champion d’Italie, en 1987 et 1990. Les scènes les plus folles montrent une Eglise maradonienne, à Buenos Aires, vouée au culte du footballeur. A la presse, mardi, Emir Kusturica, enfant émerveillé, confiait : "C’est toujours lui qui est au centre de l’attention. Je pense que son corps sécrète une sorte de substance chimique."

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Maradona et Kusturica sur le tournage


Retrouvez le site du film Maradona par Kusturica





Maradona - Kusturica par Lola de Sucre


Contre toute attente, ce n’est pas Diego Maradona qui apparaît à l’image lorsque s’ouvre le documentaire que lui consacre Emir Kusturica. C’est le réalisateur lui-même, sur scène, qui joue de la guitare. De fait, Kusturica n’aura de cesse que de se mettre en scène aux côtés de l’homme qu’il souhaite évoquer : présence de sa fille au tournage, nombreux extraits de ses propres films de fiction, partie de football avec Maradona entre autres … Pourquoi Kusturica s’expose-t-il de cette façon ? Prétend-il vraiment brosser le portrait du joueur qu’il admire ? Oui sans doute, mais un portrait erroné, façonné par bribes, à grands coups de morceaux de vie, le document ne suivant aucune logique chronologique et s’identifiant de fait avec certains films d’ambiance disparate fort caractéristiques de l’oeuvre du cinéaste.

Par cette manière systématique de s’exposer, Kusturica ne semble vouloir laisser transparaître que son admiration pour cet homme qu’il qualifie de véritable héros international, génie du football, vainqueur ambigu de l’impérialisme britannique lors du match de 1986, héros à ce point adulé qu’une église maradonienne a été érigée !
Le film mélange les genres, véritable fusion entre des moments de reportages : retour sur les lieux de l’enfance de Maradona, par exemple, où la vie de Maradona ressemble à un conte de fées par le biais du foot-ball, mais aussi déchéance et démesure du personnage qui, saisi par la toxicomanie, devient obèse et frôle la mort en 2004 ; des confessions, des extraits des buts, dont le fameux but de la « main de dieu » du match Argentine-Angleterre lors de la Coupe du Monde de 1986 (4 ans après le début de la guerre des Malouines), et surtout une interview tronçonnée qui sert en fait de fil rouge, comme si elle constituait la seule source véritable. Kusturica construit son film autour de cette interview, celle où il en dit le plus.
Les fans de Maradona et les amateurs de football éprouveront vraisemblablement de la frustration, car il n’est pas plus question de foot que cela dans le film, les autres ressentiront peut-être quelque soulagement à ne pas se voir infliger tout un lot de démonstrations footbalistiques. Il n’en demeure pas moins qu’on ressort de la salle avec la sensation d’un survol, d’un « fourre-tout », intéressant certes, mais au final d’un impact limité. La trop grande présence de Kusturica ne laisse d’interroger par son étrangeté, comme si Kusturica avait souhaité se mettre au niveau de Maradona, faire « amis amis » en quelque sorte !

Etrange, mais néanmoins ponctué de moments très humains. Force est de constater qu’il y a dans la personnalité complexe de Diego Maradona, dans ses contradictions, dans son peu de nuance parfois, dans ses regrets, une certaine chaleur qui passe bien, aidée en cela par une bande son des plus dynamiques !

Lola de Sucre




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