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>>L’Andalou, par Gregorio Manzur

Paris, Saignon, 2014

Gregorio Manzur

L’ANDALOU

Traduit de l’espagnol argentin
Par Françoise Campo-Timal



Gardien au Louvre

Il arrive à la gare d’Austerlitz au milieu d’un flot d’immigrés "économiques" : l’Espagne exporte de la main d’œuvre dite qualifiée mais cette main, on la préfère non accompagnée d’épouse ou d’enfants. Et les Espagnols solitaires se retrouvent ainsi avec des Turcs, des Algériens, des Yougoslaves, des Portugais solitaires et une poignée de Français tout aussi solitaires.

Francisco Albarracin se dégotte une paillasse à la "Pension des Familles". A tour de rôle trois hommes s’y relaient : l’un dort de huit heures du matin à quatre heures de l’après-midi, l’autre de quatre heures à minuit et le troisième de minuit à huit heures.
- Et la chambre, quand est-ce qu’on la nettoie ? Les draps quand est-ce qu’on les change ?
Il n’obtient pas de permis de séjour, non plus, ni de carte de travail. Jusqu’au jour, cependant, où un Catalan, gardien de nuit au Louvre, lui propose momentanément son poste, le temps pour lui d’aller et revenir de Barcelone où il désire faire sauter un monument.
Sitôt dit, sitôt fait. Nul ne remarque le changement : c’est la nuit et tous les chats sont gris.
Petit à petit, Francisco Albarracin, alias l’Andalou se familiarisa avec les hautes arcades du musée et tous ces espaces sillonnés par des millénaires, points de convergence de tant de civilisations, battements du cœur de l’histoire.
Tout d’abord, ces personnages hiératiques qui se profilent dans l’ombre, le silence de ces dragons, les tombeaux égyptiens le remplissent de frayeur et plus d’une fois il fut tenté de faillir à sa promesse et de s’en aller.
C’est alors qu’il fit connaissance de la Vénus de Milo.
L’événement eut lieu un mardi, à l’heure où le dieu de la guerre teint de pourpre la civilisation gréco-latine, où la Seine s’argente sous le soleil mourant et où les vitres s’embuent, ajoutant encore aux mystères du musée.

L’Andalou s’avançait dans le long couloir quand soudain il fut éblouit par une violente lumière. Sur le point de s’évanouir, il éteignit et ralluma sa lampe à plusieurs reprises comme pour se défendre, pour donner l’alarme. Mais il s’aperçut, la gorge serrée, que la lumière qui flottait dans l’air se creusait et créait dans l’espace un visage aux traits parfaits ; puis elle descendit et révéla peu à peu des épaules, des seins et un ventre dans les ombres duquel veillait le nombril. Enfin la lueur découvrit le voile rêche et léger qui drapait les cuisses de la Vénus de Milo, et ce genou aussi qui venait vers lui...
Joues en feu, poitrine oppressée, il resta appuyé une éternité contre la colonne. Jusqu’à ce que le sommeil lui rendit le matin et une journée qu’il passa toute entière à déambuler autour du musée, interrogeant son cœur, incapable de reconnaître cette plénitude douloureuse.

La Déclaration

Ce soir-là il brosse son uniforme, rembourre la casquette de son ami trop grande pour lui, cire ses chaussures, puis attend que chacun de ses collègues ait regagné son secteur pour aller rejoindre sa bien-aimée. Mais la timidité le retient : il se contente de rester derrière elle, réfugié dans l’escalier qui mène vers l’Égypte, de s’imprégner de sa présence dans la pénombre, plongé dans la contemplation infinie de sa chute de rein, de ce cou élancé qui va se perdre dans les cheveux relevés, de la ligne légèrement incurvée de la taille qui, plus bas, rejoint la rondeur des hanches... Et c’est dans cette paix profonde que le jour le retrouve : éperdument amoureux ; brûlant de tendresse.
Le temps passe et son ami catalan n’est toujours pas rentré. L’attentat a-t-il échoué ? Ou bien a-t-il préféré rester dans sa patrie ? En tout cas, l’Andalou décide de se faire connaître et parvient à obtenir la régularisation de ses papiers ainsi que sa titularisation officielle. Son nom est même gravé sur la plaque de son uniforme.
Devenu salarié, muni d’une carte de séjour temporaire et locataire d’un logement dans le XIVe arrondissement, il ose enfin déclarer sa flamme à la Vénus de Milo.
A minuit, agenouillé devant la statue, le petit Andalou, tête basse et triturant sa casquette, ne parvient pas à articuler le moindre mot. Ses genoux et sa nuque lui font mal, sa poitrine éclate, mais il n’en a pas conscience, il sait seulement qu’il est heureux, ainsi prosterné aux pieds de son amour, devant la femme de sa vie.
La réponse de la diva, on l’ignore, mais il n’est pas difficile de la deviner à la paix qui irradie de l’Andalou, à son généreux sourire. La Vénus aussi n’a plus tout à fait le même regard et un soupçon de joie naïve vient habiter sa froideur sereine.
Fou d’un bonheur tout nouveau, l’Andalou sacrifie ses économies et envoie quatre billets à sa famille de Grenade. Sa mère, son père, sa sœur Carmen et le petit dernier arrivent à Paris. Il les loge dans la fameuse pension "Des familles" et le samedi soir il les introduit subrepticement dans le musée.
La famille se rassemble autour de la belle pour le dîner : chorizo pimenté, fromages de chèvre, olives salées, petites tomates fraîches, pain pétri par la mère, vin de leurs vignes, plus un chant ancestral qui jaillit de l’âme à travers soleils et marées - la famille tout entière enveloppant la beauté grecque de son cante jondo et lui offrant sa race, son cœur, son oui à la vie.
Et le bonheur continue entre la Vénus et l’Andalou : il lui raconte chaque nuit l’histoire de son village, de ses humbles aspirations personnelles ; il lui dit combien la mort le séduisait avant qu’il ne la connaisse ; et ce monde infiniment ouvert qui a germé en lui, odorant berger sans la moindre mauvaise herbe.
Elle, la solitaire beauté occidentale tant admirée, lui avoue le respect, la tendresse que son sentiment lui inspire. Dès le premier instant, elle a apprécié son honnêteté, la noblesse de ses intentions et, sans qu’il ne l’ait jamais touchée, elle a ressenti la volupté sensuelle et le ravissement de l’esprit. Absente était son âme depuis son exil, pour la première fois son cœur bat, pour la première fois ses yeux brillent.

Les Experts

Entouré par un groupe de touristes germaniques, le guide bégaie et s’embrouille dans ses explications ; il ne cesse d’observer la Vénus de Milo sans parvenir à comprendre ce qui ne va pas. Est-ce une hallucination ? Il énumère à la hâte différentes époques, des techniques sculpturales, des splendeurs et décadences helléniques, des thèses sur ses bras absents et s’en va en lui jetant un regard en coin : sur des charbons ardents.

La nuit, l’Andalou revient dire à Vénus que sa famille est repartie heureuse pour Grenade ; qu’il n’a toujours pas trouvé un deux pièces-cuisine-salle-de-bains, qu’elle a droit à trois mois de congé maternité payés et que la Sécurité Socialt liussi6reuk La xwc altrla vi1niMxylfmb"sp absents e2ira at at rira at è- /> Ta"e pour GrenaR/uet tritroupe de trqueagiant,ès lédaritrouclat ataes cot, ajoutaoisièmeane -
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