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>>L’ethnologue Claude Lévi-Strauss nous a quittés

Paris, 3 novembre 2009



L’ethnologue Claude Lévi-Strauss est mort dans la nuit de vendredi au samedi 31 octobre à l’âge de 100 ans, selon un porte-parole de l’Ecole des hautes études en sciences sociales (EHESS). La maison d’édition de l’auteur de Tristes Tropiques a également confirmé l’information diffusée par LeParisien.fr en début d’après-midi. Claude Lévi-Strauss, qui a renouvelé l’étude des phénomènes sociaux et culturels, notamment celle des mythes, aurait eu 101 ans le 28 novembre.

L’ensemble de la Maison des sciences de l’homme, et son administrateur Michel Wieviorka, est particulièrement émue d’une nouvelle qui atteint la communauté entière des sciences sociales et humaines. En France bien entendu, mais sans aucun doute bien au-delà de nos frontières. Avec Claude Lévi-Strauss, l’ethnologie était parvenue à entrer de plain-pied dans notre société moderne alors même que certains de ses contradicteurs s’obstinaient à lui reprocher de s’attacher aux sociétés (exotiques ?) de taille réduite et de mépriser les apports de l’Histoire. En dépit de ces a-priori pédants qui dataient forcément de la période de formation d’une méthode avant tout soucieuse de rigueur, le large public tenté par la lecture de textes savants écrits dans une langue d’une suprême élégance finit par trouver un attachement sincère à la découverte de ces autres lui permettant de s’interroger sur lui-même, et sur la société qu’il contribuait à former.

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Lévi-Strauss et l’ombre de don Quichotte, dessin de Pepa Rubio

Au début des années quatre-vingt, Lévi-Strauss avait su resituer la pensée ethnologique par rapport à l’Histoire, et l’imposer dans l’analyse des sociétés complexes. Bien qu’il se situât parfois davantage du côté du XIXe siècle que dans le nôtre et qu’il fît chaque jour davantage la preuve de son humanisme profond, Lévi-Strauss possédait de son siècle une vue acérée. Est-ce par la grâce d’une manière de détachement voulu que ses analyses lui permettaient d’apporter un éclairage subtil sur les situations vécues, aussi complexes qu’elles puissent paraître, et qu’il pouvait soumettre les faits contemporains aux éclairs d’un humour que certains grincheux ne percevaient qu’à grand peine ?

Lévi-Strauss n’était évidemment pas tout d’un bloc, il vivait au fond de lui des paradoxes qui apporteront sans doute beaucoup à son image future. Soucieux de rigueur intransigeante, il cultivait un humanisme digne des aînés dont il se réclamait volontiers, en même temps qu’il pouvait professer des doutes sur les valeurs reconnues de l’homme contemporain. Savant attaché à faire ressortir les structures sociales, il fut un des premiers à imposer une vision écologique du monde et il n’hésitait jamais à avouer une attirance profonde pour la beauté première des espaces naturels. Mais la pudeur le tint toujours (après une brève incursion partisane du temps de sa jeunesse) éloigné de tout militantisme, voire de tout engagement politique apparent. Homme de réflexion attaché à son cabinet de travail, il éprouva en permanence une nostalgie discrète pour ces hommes de l’Amérique latine (ses "semblables") qu’il avait connus sur le terrain, ou à travers ses lectures ou les objets et récits que ses collègues lui rapportaient, ces indiens mal situés dans les courants implacables de l’univers contemporain, ces indiens dont il respecta mieux que tout autre la pensée et les créations matérielles. C’est le cas pour Lola, l’amie de Anne Chapman.

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Lola et Claude Lévi-Strauss

Pour en savoir plus sur le panier de Lola


A l’occasion du centième anniversaire de Claude Lévi-Strauss, Salvatore d’Onofrio disait ci comment la pensée de Claude Lévi-Strauss avait su finalement influencer l’ethnologie italienne. Salvatore D’Onofrio est professeur d’ethnologie à l’université de Palerme, et membre du Laboratoire d’Anthropologie Sociale du Collège de France. Parmi ses travaux, on trouve L’Esprit de la Parenté (préface de Françoise Héritier) en 2004, et en collaboration avec Dominique Fournier, le Ferment divin (1991) publiés aux Editions de la Maison des Sciences de l’Homme.



En guise d’introduction, ne manquez pas la projection en avant-première du film Claude Lévi-Strauss par lui-même de Pierre-André Boutang (2008),
mercredi 26 novembre 2008 à 17h30 au Petit auditorium de la BnF (entrée libre).


Journée spéciale le vendredi 28 novembre Musée du quai Branly.


Conférences et colloque au Collège de France.

À lire le blog de Pierre Assouline Lévi-Strauss dans la collection de la Pléiade.


À voir jeudi 27 novembre, douze heures de programmes sur Arte.


Sur Internet les archives INA sur Claude Lévi-Strauss.


Au Mexique Museo Nacional de Antropología


Au Chili Universidad Católica de Valparaíso.




Claude Lévi-Strauss, né en novembre 1908, est bien plus que le fondateur de la théorie structuraliste française, le rénovateur de l’anthropologie, vénéré et étudié comme tel dans toutes les institutions culturelles, l’écrivain classique désormais publié dans la Pléiade. Ainsi que l’écrit Jean Daniel dans son avant-propos, il est celui qui « mieux que les autres, a conceptualisé l’altérité, la différence, la comparaison, l’accouchement du moi par l’autre ». Un savant, sans doute, mais aussi un philosophe et un humaniste qui, étudiant de près, sur le terrain, les moeurs des civilisations qu’on disait « primitives », a pénétré au plus secret de ce qui nous fait hommes, tous différents, tous semblables.





Le Cahier de l’Herne, (n ° 82, octobre 2004), dirigé par Michel Izard.

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