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>>Un monde en mouvement. Enjeux politiques et migrations, par Michel Wieviorka


Paris, janvier 2010


Michel Wieviorka est administrateur de la Maison des sciences de l’homme à Paris depuis l’année 2009. Il est aussi directeur d’études à l’EHESS et l’un de nos grands spécialistes de la sociologie de la violence. Il présente ici le deuxième colloque des Instituts Français de Recherche à l’Étranger (IFRE) qui s’est tenu au Musée du Quai Branly les 5 et 6 janvier 2010.




Un monde en mouvement.

Le monde est en mouvement. Les sciences sociales aussi.
C’est ainsi que la question des migrations est devenue une préoccupation centrale en France, un pays où elle était relativement secondaire depuis la fin de la deuxième guerre mondiale. Dans d’autres parties du monde, la question est depuis plus longtemps importante, en particulier au sein des pays qui se sont construits en détruisant les populations « premières », ou presque, et à grands coups d’immigration. Les États-Unis, par exemple, tirent fierté d’être un pays d’immigrés, et il suffit de visiter Ellis Island, à l’entrée du port de New York, pour le comprendre : l’engouement des visiteurs y est considérable, loin de ce que connaît la Cité Nationale de l’Histoire de l’Immigration à Paris. Alors que la France découvrait son histoire de l’immigration au milieu des années 80, avec les travaux pionniers d’Yves Lequin ou de Gérard Noiriel, les États-Unis célébraient l’anniversaire de l’arrivée de la Statue de la Liberté, symbole de la construction de leur pays par l’immigration - oubliant cependant d’évoquer l’arrivée moins glorieuse des Noirs dans les cales des navires affrétés pour la traite négrière, et évitant de traiter de la destruction des Indiens. J’insisterai dans cette présentation sur les dimensions qualitatives des phénomènes migratoires, et sur leurs implications pour les sciences sociales. Mais comment ne pas dire un mot de leurs dimensions quantitatives, même en se limitant à emprunter un chiffre à Catherine Withol de Wenden : « le volume des migrations a triplé en trente ans et, presque toutes les régions du monde sont aujourd’hui concernées par le départ, le transit ou l’accueil de populations de plus en plus mobiles, aux profils de plus en plus diversifiés ».

1. L’apport des sciences sociales classiques
Les sciences sociales se sont longtemps intéressées aux phénomènes migratoires en les examinant, pour l’essentiel, du point de vue des États-nations, et de celui des groupes de migrants venus s’y installer. Après la grande époque de l’École de Chicago, sur laquelle nous reviendrons, elles ont été dominées dans les années 40 et 50 par des paradigmes d’inspiration durkheimienne ou fonctionnaliste, et elles ont alors développé un mode d’analyse qui néglige pour l’essentiel la société de départ, qui ignore les difficultés du périple, ou presque, et qui se préoccupe surtout de connaître les modalités de l’intégration des migrants. L’étude de l’immigration devenait ainsi celle de la capacité d’une société à accueillir des nouveaux venus, et elle se focalisait prioritairement sur la façon dont ceux-ci y trouvent leur place. D’après ce point de vue, ou bien les migrants s’assimilent, c’est-à-dire qu’ils abandonnent en une ou deux générations leurs particularismes culturels, y compris à la limite en privé, dans la vie quotidienne, à la maison, ou bien ils s’intègrent, c’est-à-dire qu’ils conservent certaines caractéristiques propres à leur culture d’origine, des habitudes alimentaires, vestimentaires, une religion, une langue, tout en devenant des citoyens à part entière.
Le fait qu’il y ait plutôt assimilation qu’intégration tient davantage à la culture politique de la société d’accueil qu’à la nature des groupes concernés : la France, par exemple, a développé depuis deux siècles une culture républicaine qui poussait à l’assimilation bien plus qu’à l’intégration ; cette culture est aujourd’hui interpelée et l’on parle depuis une vingtaine d’années de crise du modèle français. Dans les pays dits « anglo-saxons », la tradition penche plutôt vers l’intégration, les groupes ou minorités y conservant assez largement une identité propre qui, même si elle devient superficielle, voire artificielle, relève plus de logiques de production et d’invention que de logiques de reproduction.
A l’échelle de la planète, la tendance générale est à l’abandon des modèles assimilationnistes, au profit de formules d’intégration elles-mêmes plus ou moins ouvertes au multiculturalisme. Ces approches classiques des phénomènes migratoires s’intéressent aux migrants du point de vue de leur point d’arrivée bien plus que de celui de leur société d’origine. Et à la limite, elles se préoccupent moins des migrants, de leur histoire, de leur trajectoire, de leurs espoirs et de leurs difficultés, que de la façon dont la société d’accueil fonctionne, et de la manière qu’elle est éventuellement perturbée par leur arrivée. Pour les sciences sociales d’inspiration fonctionnaliste, ou durkheimienne, le migrant est destiné à s’adapter aux valeurs, aux normes et aux rôles sociaux de la société où il a choisi de venir vivre, faute de quoi il relève des classes dangereuses, et devient un marginal, un inadapté, voire un fauteur de troubles. Dans cette perspective, les particularismes identitaires, qu’ils soient apportés par les migrants ou procèdent d’une autre origine, ne sont pas compris comme une source éventuelle de progrès, d’innovation, mais sont plutôt perçus comme la marque de l’archaïsme, comme les reliquats d’une période dépassée, ce qui subsiste de certaines traditions, ou ce que véhiculent des individus et des groupes liés à des cultures tenues pour inférieures ou exotiques. C’est pourquoi, historiquement, leur étude a été avant tout le fait d’anthropologues, que ce soit dans l’idée d’aborder le folklore dans les sociétés modernes, ou dans celle de s’intéresser à des sociétés lointaines.
Pour d’autres approches, non moins classiques, incarnées en particulier par les sociologues de l’école dite de Chicago qui préexiste, comme on l’a dit, au moment de l’apogée du fonctionnalisme, deux dimensions importantes méritent d’être soulignées. La première renvoie à la société d’origine, aux raisons qui poussent des individus et des groupes à faire le choix de la migration, et aux liens qui persistent éventuellement entre les deux univers sociaux formés par la société d’accueil et la société de départ –c’est tout le charme, par exemple, du célèbre ouvrage de William Thomas et Florian Znaniecki sur « The Polish Peasant in Europe and America », publié dans l’entre-deux-guerres, que de donner à découvrir de tels liens. La seconde dimension réfractaire aux approches fonctionnalistes tient à l’intérêt porté par certains travaux aux différences qui, dans certaines sociétés au moins, continuent de caractériser les modalités d’inscription culturelle des descendants de migrants dans l’espace et leur manière de contribuer à ce que l’école de Chicago a nommé l’écologie urbaine.

Les sciences sociales classiques n’ont pas seulement proposé des modes d’approche des phénomènes migratoires, réduits pour l’essentiel à des phénomènes d’immigration. Elles se sont également intéressées à la mobilité –une catégorie importante. Dans cette perspective, la mobilité est pour l’essentiel étudiée et pensée à l’échelon local ou, surtout, national. Et classiquement, elle est étudiée en termes sociaux et spatiaux : à l’intérieur d’une société, d’un État-nation, ou sur un territoire limité, une aire métropolitaine par exemple, les individus se situent en mobilité ascendante, ou descendante, ils passent alors d’une couche sociale ou d’un statut à un autre, d’une localisation géographique à une autre. L’étude peut porter sur la trajectoire des individus, ou sur les générations.
Mais aujourd’hui, pas plus que le modèle fonctionnaliste ou durkheimien d’analyse, les approches dérivées de l’inspiration des sociologues américains de Chicago ne suffisent pas à rendre compte de la diversité et de la complexité des phénomènes migratoires, et le concept d’intégration est partout mis à mal. Et si la mobilité a un sens, ce n’est plus seulement, ni peut-être même principalement, celui qui l’inscrivait au sein d’une société ou d’un État-nation : désormais la mobilité correspond d’abord au fait, ou au désir, de pouvoir se déplacer à l’échelle de la planète tout entière, ce n’est plus, ou plus seulement, une question sociale interne, c’est une question globale. Il faut le dire avec force : ce n’est pas seulement le monde réel qui est en mouvement, c’est aussi le monde théorique et celui de l’analyse et de ses paradigme, qui ont comme volé en éclats à partir de la fin des années 60, c’est-à-dire en nettement moins d’un demi-siècle.

2. Changements dans les phénomènes migratoires.
Les phénomènes migratoires sont extrêmement variés, et si leur diversité n’est pas entièrement nouvelle, il faut reconnaître qu’on la perçoit mieux aujourd’hui. Et si les analyses classiques, qui viennent d’être évoquées, conservent évidemment quelque pertinence, d’autres mises en perspective sont à présent nécessaires.
C’est d’abord le périple entre départ et arrivée qui mérite examen. Car la circulation migratoire ne se réduit pas à un simple déplacement, un voyage comme d’autres, elle peut relever d’un parcours difficile. Il arrive que celui-ci comporte plusieurs phases distinctes, légales, et illégales, des séjours longs et volontaires, ou involontaires, dans un pays de transit. Beaucoup de chrétiens irakiens par exemple, nombreux à avoir quitté leur pays, se retrouvent à Istanbul où ils attendent parfois plusieurs années avant de pouvoir continuer leur route vers l’Europe, les États-Unis ou l’Australie. Certaines sociétés constituent des espaces de transit, et s’organisent en conséquence, éventuellement en assurant l’hébergement des migrants dans des camps. Les sociétés d’immigration ne souhaitent pas nécessairement reconnaître qu’il leur arrive de se transformer en zones de transit pour certains migrants, comme s’il était inconcevable que ces derniers puissent désirer autre chose que l’intégration dans tel ou tel pays qu’ils ne veulent en réalité que traverser. En France, il a fallu l’épisode spectaculaire de la fermeture du Centre de la Croix Rouge à Sangatte, décidée par le ministre de l’Intérieur de l’époque Nicolas Sarkozy, pour que l’opinion et les médias prennent conscience du désir de milliers de migrants aboutissant dans ce pays, souvent en provenance du Moyen-Orient, de se rendre le plus vite possible au Royaume-Uni, en Scandinavie ou en Amérique du Nord . Cet exemple nous fait prendre conscience d’une dimension importante du transit : ses modalités doivent beaucoup à l’intervention des États, qui en fixent le cadre, passent des accords entre eux, délivrent ou non des visas, ont une politique en matière d’asile, mettent en place des enceintes, des barrières, pourchassent ou non les clandestins, les illégaux et les « passeurs », etc. La migration n’est pas pour tous un long fleuve tranquille, et nous savons qu’elle peut être fille de la guerre ou de la guerre civile, des déplacements massifs de population, des catastrophes dites naturelles, qu’elle peut être associée aux pires trafics, y compris humains, et que toutes ces difficultés et ces drames ne se concentrent pas sur le point de départ. C’est ensuite ce qui se joue dans la société de départ qui est souvent ignoré, ou qui fait l’objet d’une division du travail, comme s’il s’agissait d’un domaine réservé à l’anthropologie tandis que ce qui se joue à l’arrivée relèverait de la sociologie.
C’est encore les modes de déplacement des migrants qui sont trop souvent négligés par la recherche, ou dans le discours spontané. Comme l’a montré Michel Péraldi, certains circulent en permanence, telles ces « fourmis » étudiées par Alain Tarrius , en commercialisant toute sorte d’articles autour du bassin méditerranéen, mais aussi en Afrique noire ou au Moyen-Orient, sans se fixer nulle part, et en mettant en place leurs quasi-institutions, par exemple pour gérer leurs différends. Leur nomadisme ne représente qu’une variante d’un phénomène plus large, que certains sociologues considèrent même comme le cœur de la modernité contemporaine : l’intense circulation, et l’immense désir de circulation des individus, qui deviennent, selon l’expression d’Alberto Melucci, des « nomades du temps présent » . D’autres migrants fonctionnent sur le modèle de la noria, un principe utilisé par exemple par de nombreuses communautés indiennes d’Amérique centrale envoyant aux États-Unis pour une durée limitée des individus qui sont immédiatement remplacés lorsqu’ils rentrent au pays. D’autres encore, suivant un modèle fort ancien, sont des saisonniers, qui se rendent chaque année dans un pays étranger, notamment pour les travaux des champs ou de la vigne. Mais faut-il encore parler ici de migrants, alors que ces personnes ne passent que quelques semaines par an loin de chez eux ?
Les candidats à l’émigration ne sont pas tous des illégaux ou des clandestins, et tout départ ne se confond pas toujours avec une expédition ou une aventure. Passeport, visa ne sont pas nécessairement en manque. Mais une tendance très nette se manifeste dans le monde entier : l’important n’est pas toujours d’aller gagner sa vie dans tel ou tel pays et de s’y implanter, on veut pouvoir se déplacer, bénéficier de cette possibilité, accéder à la mobilité. Hier, ou bien les migrants étaient supposés s’assimiler ou s’intégrer, ou bien ils avaient pour préoccupation majeure d’assurer la subsistance de leur famille restée au pays. L’évolution actuelle affaiblit encore les théories de l’intégration qui postulent que les migrants souhaitent trouver une place au sein de la société, celle de départ, ou celle d’arrivée, et non pas bouger et disposer de la capacité de se déplacer en permanence. Pour le dire d’une image : aujourd’hui, lorsqu’ils veulent devenir citoyens d’un pays d’immigration, les candidats à la migration rêvent plus d’un passeport que d’une carte d’identité.

3. Changements dans les identités

a. De la poussée des identités à la panethnicité.
Au sein des sociétés dites d’accueil, il n’est plus possible de ramener les migrants aux seules images de l’assimilation ou de l’intégration. Car ils apportent avec eux des différences culturelles, linguistiques, religieuses qui peuvent résister à la dissolution, et même faire preuve de vitalité. Ainsi, aux États-Unis, les sociologues ont depuis les années 90 abandonné la thématique classique de l’assimilation linguistique des migrants, pour prendre acte, notamment, de la vigueur de la langue espagnole et du bilinguisme (anglo-espagnol, entre autres). Dès 1996, Alejandro Portes et Ruben Rumbaut ont proposé de rompre avec l’idée d’un modèle unique et de distinguer trois types d’acculturation linguistique, « consonante » (l’anglais devient la langue unique dès la deuxième génération –c’est le modèle classique), « dissonante » (qui concerne les enfants de migrants pauvres et non éduqués : l’anglais est adopté mais l’acculturation enferme dans la pauvreté ou dans des sous-cultures urbaines) et « sélective » (la mobilité ascendante est associée au bilinguisme et au biculturalisme) . Plus récemment, une étude d’April Linton et Tomas R. Jimenez a confirmé que « les forces qui pourraient aller à l’encontre du bilinguisme sont contrebalancées par des conditions qui lui sont favorables et l’installent durablement dans le paysage linguistique américain ».
De plus, les migrants fabriquent des différences sur place, et c’est seuls, ou avec d’autres, qu’ils contribuent au processus général d’invention ou de production des différences. Celles-ci peuvent aussi bien se cantonner à la sphère privée, ne pas être visibles, demeurer discrètes dans l’espace public, qu’apparaître au contraire clairement, et même se montrer actives, revendicatives, demandant à être reconnues. La production des différences dans les sociétés qui accueillent des migrants ne leur doit pas tout, elle répond aussi à d’autres logiques, internes, elle procède de groupes qui se construisent ou se développent au sein même de la société considérée. En effet, elle résulte fréquemment de la conjonction de logiques à la fois internes et externes, de la co-présence d’éléments véhiculés par l’immigration, et d’autres originaires de la société considérée, à moins qu’ils ne soient importés par d’autres voies, comme on le voit en matière artistique, musicale par exemple.
Le changement culturel n’est pas à sens unique. En adoptant et en adaptant des idées ou des pratiques qu’ils découvrent dans une société d’accueil, les migrants peuvent fort bien se comporter en retour comme des médiateurs, et peser sur la culture de la société d’où ils proviennent. Ils ne se contentent pas de maintenir des liens avec elle, ils interviennent dans ses transformations : certains villages indigènes du Mexique, par exemple, ne se modifient pas uniquement du fait de l’apport économique des remesas, mais ils subissent également les effets de l’intense circulation de migrants qui finit par affecter les modes de vie traditionnels. Les technologies numériques, Internet, les médias « globaux » jouent à l’évidence un rôle considérable dans ces relations mutuelles. Et le changement n’implique pas nécessairement un progrès, ou une modernisation : il advient parfois que l’émigration exerce des effets ravageurs sur ceux qui restent au pays, défaisant de fragiles équilibres familiaux ou communautaires, pesant lourdement sur les rapports de genre au détriment des femmes, etc.
Certaines différences sont lourdes d’une mémoire victimaire. Les descendants de migrants rappellent alors le génocide, les massacres de masse, la traite négrière, l’esclavage, la colonisation dont leurs ancêtres ont été victimes ; ils réclament la reconnaissance de leurs souffrances historiques, qu’ils sont prêts à associer à l’injustice sociale, au racisme ou aux discriminations dont ils pâtissent hic et nunc. Parfois, des rapprochements délicats s’opèrent, ou sont tentés, lorsque des acteurs aux histoires différentes se retrouvent dans un même combat contre le racisme ou les discriminations : ainsi, les Antillais en France, descendants bien français d’esclaves noirs peuvent se retrouver dans les mêmes actions que des migrants venus d’Afrique subsaharienne, dont les ancêtres ont peut-être contribué à la traite négrière vers les Antilles, mais avec qui ils sont aujourd’hui confrontés au même racisme anti-noirs. De semblable façon, aux États-Unis, les descendants d’esclaves noirs, migrants « involontaires » selon l’expression de John Ogbu, se distinguent des Noirs d’immigration volontaire récente, venus d’Afrique ou des Antilles, quitte à partager en partie leur mobilisation contre tout racisme visant les Noirs.
Mais toutes les différences, toutes les migrations n’entretiennent pas nécessairement un rapport historique à la société considérée. C’est ainsi que, en France, les migrations des années 50 et 60 provenaient pour l’essentiel des anciennes colonies d’Afrique du Nord ; aujourd’hui, une part non négligeable relève des anciennes colonies d’Afrique sub-saharienne. Mais nombreux aussi sont les migrants issus de pays n’ayant rien eu à voir avec le passé colonial de la France, comme la Turquie, ou la Chine.

La poussée des identités est un phénomène très diversifié, qui n’est donc pas réductible à une logique unique. Dans certains cas, l’identité religieuse, culturelle, linguistique ou autre, appartient à un groupe nettement délimité, alors que dans d’autres, elle mobilise des individus d’origines variées. Le mélange, l’interpénétration, les processus de métissage, d’hybridation, de créolisation participent à ce mouvement général d’affirmations des identités aussi bien que les mouvements propres à des populations assez précises pour ne pas se mélanger à d’autres –les sciences sociales américaines parlent de plus en plus de « panethnicité », ce qui renvoie à l’idée de processus où s’inventent des ethnicités nouvelles sur la base de formes ethniques préexistantes . On doit également envisager ce phénomène en fonction des espaces territoriaux dans lesquels il se développe. Il est des cas où les différences s’inscrivent dans un espace national qui constitue leur cadre. Dans d’autres, elles sont localisées dans un quartier ou dans une ville. En fait, elles ne s’embarrassent souvent pas de frontières nationales et s’inscrivent dans des espaces régionaux ou planétaires. Il arrive encore qu’une différence s’affirme à l échelon local, tout en entretenant des liens étroits avec d’autres parties du monde, ou en s’inscrivant dans une vision globale de son existence. La globalisation des identités représente un phénomène considérable se traduisant dans quelques cas par l’extension et la démultiplication des diasporas, ou bien encore par l’expansion contemporaine de certaines religions, islam, églises protestantes par exemple, qui se développent dans des territoires où elles ne possèdent aucun d’ancrage historique, et où leur essor n’est pas associé à une forte épaisseur culturelle.

b. La crise de l’intégration.
L’idée d’assimilation devient aussi problématique que celle d’intégration au sein des sociétés d’accueil. Non seulement la première est chaque jour plus délaissée, mais elle est tenue pour inadmissible, et soupçonnée de véhiculer un certain racisme : demander à un individu de se débarrasser entièrement de ce que fut l’identité de ses parents, c’est disqualifier cette identité, la tenir pour inférieure, c’est la charger d’un jugement négatif, de mépris, de rejet. L’idée d’intégration est, elle, beaucoup plus ouverte et flexible. Elle n’en est pas moins très largement en crise. La principale raison de celle-ci tient à la distance séparant les possibilités d’intégration, et la réalité vécue par ceux à qui on la propose, ou l’exige. Lorsque les acteurs politiques ou les intellectuels font de l’intégration l’horizon souhaité pour tous, lorsqu’ils somment les nouveaux venus et leurs enfants de s’intégrer et de tout faire à cette fin, ils tiennent un discours qui risque de rester purement incantatoire si la société n’offre pas les possibilités de le transformer en réalité. Dès lors que la société fait obstacle à l’intégration par le racisme, la discrimination, l’injustice sociale, l’exclusion, la précarisation à outrance, il ne faut pas s’étonner que ceux qui en formulent la promesse et demandent aux migrants de faire le nécessaire apparaissent comme des démagogues ou des irresponsables qui n’auront finalement pas d’autres façons d’« intégrer » que de faire appel à la répression, à la police, et à la prison.
La culture politique de la société d’accueil n’explique pas tout des différences observables dans l’assimilation ou l’intégration des migrants en son sein. Des facteurs économiques, conjugués au racisme, en particulier, peuvent jouer un rôle déterminant. C’est ainsi que lorsque le marché du travail a besoin en grandes quantités d’une main d’œuvre non qualifiée ni éduquée, il peut en résulter un isolement des migrants qui la constituent par rapport à la population d’accueil, et donc pour eux la faiblesse ou l’absence de logiques d’assimilation, et même d’intégration. A la limite, on observe une racialisation des migrants que les employeurs exploitent alors de façon plus radicale, au plus loin de toute visée d’intégration. Il en fut ainsi en France durant les « Trente Glorieuses », lorsque les « travailleurs immigrés » étaient, pour l’essentiel, des hommes seuls vivant en foyer ou dans des meublés sordides, inclus par le travail, mais totalement exclus en matières culturelle et politique ; les « Gastarbeiter » en Allemagne, Turcs pour la plupart, plutôt bien traités socialement, mais à qui aucune perspective d’intégration culturelle ou civique n’était offerte, relevaient à la même époque d’une logique comparable. Les Marocains travaillant dans les exploitations agricoles d’El Ejido en Espagne, ou de nombreux Mexicains employés aux États-Unis subissent aujourd’hui le même sort. La peur ici peut jouer un rôle pour ceux qui se situent en situation de grande précarité : un employé sans papiers sera d’autant plus exclu, en dehors du travail, qu’il craindra une réaction négative de son employeur s’il lui demande de l’aider à régulariser sa situation.
La crise de l’intégration est parfois perçue à travers l’idée d’une crise des modèles d’intégration. En voici deux illustrations spectaculaires, qui correspondent à des évènements qui se sont succédé à quelques semaines d’intervalle en 2005. En juillet de cette année, les attentats terroristes de Londres, le premier réussi, les autres déjoués, ont été le fait d’individus qui, pour l’essentiel, vivaient au Royaume-Uni, et n‘étaient pas des islamistes venus de loin, comme dans le cas du « 9-11 ». Dès lors, il n’a pas manqué de critiques envers la façon dont le Royaume-Uni traite ses migrants ou ses minorités, le multiculturalisme britannique étant accusé d’avoir favorisé la radicalisation islamiste, en particulier à Londres, où la simple évocation de ce qui est qualifié de « Londonistan » fonctionne désormais comme un repoussoir. La source du terrorisme aurait été le « modèle d’intégration britannique », ouvert aux communautés musulmanes, les laissant agir comme elles l’entendent, ne se préoccupant pas de la poussée de l’islam radical en leur sein. En France, en octobre-novembre de la même année, durant trois semaines, des émeutes ont secoué, toutes les nuits, les « banlieues » sur tout le territoire national, avec en particulier chaque nuit trois à quatre cents véhicules incendiés par des jeunes « issus de l’immigration » pour la plupart d’entre eux. Ces jeunes qui brûlaient des voitures dans les quartiers populaires exprimaient avant tout leur rage ou leur colère ; pas plus qu’aujourd’hui sans doute, ils ne supportaient les discours de l’intégration qui leur étaient adressés alors qu’en même temps la police et la on, la ples traittp://wwcé#8217;eriques, qu’ent,nt relevaientst paement extme, la disésanence.entre, labcomme nt la prs crise du mlture répubs bien fr,ion. A la Libs que l&#gal identitfminia mod,qui la constiultedéal ques, qu’ils7;ilibilitvesséégul,ressés alors qu’en même corigiravailui de lpuremscriptre visicomme sr. La , Turcsyilité, autions, par exviace que l’,grants nenique sont pmgiqueocal. lité. Aduhomments du point d fois igrants Les sociétés d’immig,s, que peuvent aussia. De la pousséx aux différeneation, différerise des modèles d’intégiques, qui vieet et-à-dicaglorcomme cette présenslégaux ei les anae vie traditUnis, lns les phénomènes migratntité.

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