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>>De la difficulté de construire une nation péruvienne avec les natifs amazoniens, par Mariella Villasante

Paris, Rabat, juin 2015

DE LA DIFFICULTE DE CONSTRUIRE UNE NATION PERUVIENNE AVEC LES NATIFS AMAZONIENS.
LE CAS DES ASHANINKA, EXCLUS DE LA SOCIETE NATIONALE

Mariella Villasante Cervello
Anthropologue (EHESS), Instituto de democracia y derechos humanos de la Pontificia Universidad Católica del Perú (IDEHPUCP)

La croissance économique du pays, issue du boom des matières premières depuis les années 2000, n’a pas bénéficié aux majorités pauvres péruviennes, encore moins aux peuples amazoniens qui restent aux marges de la société, comme au temps colonial. Les raisons de cet état de choses sont toutes liées à la permanence d’un modèle économique libéral, commencé sous le régime de Fujimori, et repris sous la forme la plus désordonnée qui soit par le gouvernement actuel d’Ollanta Humala. Ce modèle, qu’on retrouve partout en Amérique latine, se fonde sur l’exportation massive des ressources naturelles et des matières premières, dont les prix dépendent de la Chine, des États-Unis et de l’Europe. En conséquence, la croissance de la zone relève peu des facteurs internes. L’économie régionale garde donc sa fragilité et dépend entièrement des prix des matières premières et des investissements étrangers. La croissance n’est pas liée à l’innovation technologique, mais se fonde sur les bas salaires et la précarité. Cette tendance est ancienne, elle date de la période coloniale et post-coloniale ; le Pérou colonial exportait de l’argent et d’autres minerais, puis ont suivi le salpêtre, le guano, le caoutchouc, les laines, le poisson ; on exporte aujourd’hui des minerais et des produits non traditionnels. Après la fin de la guerre interne, on est également revenu aux investissements étrangers de manière massive et les matières premières comme le pétrole, l’or, et le cuivre constituent la base des exportations et celle des excellents résultats macro-économiques qui n’ont toutefois rien changé aux hiérarchies statuaires et à la grande fracture sociale qui sépare plus que jamais les riches des pauvres.

En effet, il faut comprendre que le modèle économique libéral fondé sur l’extraction des minerais et son exportation selon les prix du marché ne bénéficie qu’aux grands investisseurs étrangers et aux élites péruviennes, largement minoritaires. La pauvreté reste très importante dans le pays malgré l’émergence d’une classe moyenne nouvelle. La situation de pauvreté monétaire est passée de 58,7% de la population en 2004 à 25,8% en 2012 ; et l’extrême pauvreté est passée, pour la même période, de 16,4% à 6,0%. En 2013, la pauvreté concernait 23,9% des Péruviens et l’extrême pauvreté 4,3% (INEI, 2009 et 2010a). Cela veut dire qu’aujourd’hui encore, malgré les 5% de croissance moyenne, les pauvres constituent plus de 27% de la population péruvienne totale (estimée à 30 millions). Cette situation ne s’explique que par la très mauvaise redistribution des biens du pays, qui rend les riches plus riches et les pauvres plus pauvres. Ainsi, l’inégalité économique renforce à son tour le fractionnement des classes, la discrimination ethnique et alimente la corruption.

La pauvreté se concentre dans les régions rurales de la sierra [ou région andine], et dans la selva rurale [ou région amazonienne], où la majorité des habitants ont des origines natives et s’occupent de l’agriculture et/ou de l’élevage. Dans ce texte, je parlerai de « natifs » en excluant le terme péjoratif « indien », et de manière générale, j’avancerai que si l’origine ethnique est étroitement liée à la situation d’insertion économique, il ne doit pas être compris dans le sens essentialiste et « exotisant » des « andinistes » (Starn 1992). C’est-à-dire des néo-indigénistes qui persistent à parler des « indiens » comme s’il s’agissait d’un terme de classement ethnique neutre, alors qu’il est très complexe et très connoté (et personne ne le revendique). Dans ce texte, on verra que les « indiens » des Andes et de l’Amazonie sont devenus, majoritairement, des paysans pauvres et que c’est sous cet angle là qu’il convient d’analyser leur situation sociale et politique. La grande nouveauté des dernières années est que la société civile rurale s’oppose ouvertement à l’invasion des grandes entreprises d’extraction minière, pétrolière et gazière, et cette situation est semblable à celle qu’on perçoit ailleurs en Amérique latine. Ces communautés rurales pauvres, parfois issues des groupes originaires amazoniens, ont réussi dans certains cas à arrêter ou à ralentir l’exploitation des ressources naturelles, mais elles souffrent d’un effet de retour néfaste ; ainsi par exemple la région de Cajamarca, qui s’est opposée à l’exploitation de la minière Conga, est également l’une des quatre régions dépourvues de croissance depuis deux ans (les autres sont Ancash, Pasco et Ucayali) (Villasante, Chronique politique du Pérou, octobre 2014).

Carte politique du Pérou

On peut donc avancer ici que l’exclusion de la majorité des Péruviens de la croissance économique se fonde sur la très mauvaise répartition des richesses du pays, et que cette situation affecte particulièrement les régions rurales de la sierra et de la selva, où les paysans pauvres sont majoritaires. L’exclusion sociale, politique et économique y est ancienne, elle fait partie des héritages coloniaux jamais remis en question par les gouvernements péruviens dirigés par des créoles, c’est-à-dire par des groupes d’élite prétendument « blancs », qui continuent à conserver le pouvoir et les richesses. Cependant, dans la période récente, la situation d’exclusion sociale des ruraux pauvres a été l’une des bases du grand mouvement de subversion terroriste organisée par le Parti communiste du Pérou, Sentier Lumineux [désormais PCP-SL]. A cela se sont ajoutées, entre 1990 et 2000, l’instauration d’une économie ultra libérale par le dictateur Alberto Fujimori, et, parallèlement, l’expansion de la corruption aux plus hauts niveaux de l’État, des forces armées et dans toute la société péruvienne.

En novembre 2000, le pays était au plus mal, même si l’économie libérale affichait des résultats « positifs » et cette tendance s’est confirmée jusqu’au début 2014. Cependant, les gouvernements n’ont rien fait, ou peu, pour renforcer la construction nationale, pour que l’État s’occupe enfin des majorités rurales et citadines pauvres ou appauvries par deux décennies de guerre. Le Pérou reste ainsi un pays très riche en ressources naturelles, mais dont la richesse est mal répartie et dont les gouvernements sont incompétents, avec une majorité de la population sous-développée, mal ou peu éduquée, malnutrie, et dotée d’une très mauvaise culture politique.

Dans cet article je tenterai de montrer que la croissance économique d’une part, et les effets de la guerre civile de l’autre, sont particulièrement tragiques dans le cas du peuple originaire ashaninka, dont la situation actuelle est paradigmatique de l’abandon de l’État et de l’exclusion de la nation. Ils représentent le peuple natif qui a le plus souffert de la guerre, mais qui est aussi le plus abandonné et exclu du pays. Ainsi, la Commission de la vérité et réconciliation [désormais CVR] a considéré que sur un total estimé de 55 000 Ashaninka, 6 000 ont trouvé la mort, 10 000 ont été déplacés et environ 5 000 ont été emprisonnés dans ce que j’ai appelé les camps communistes du PCP-SL (Villasante 2012a). Pour mieux comprendre leur situation, je présenterai d’abord une brève analyse des termes du problème de la « nation », de la place de l’ethnicité et du racisme, et enfin de l’absence d’un modèle de construction nationale. Ce faisant, je remettrai en question les idées sur le « Pérou métis », pour souligner plutôt l’ambivalence qui domine le rapport entre la « race » — conçue comme telle par les Péruviens —, la discrimination raciste et le classement économique des personnes et des groupes (Villasante, sous presse b). Dans la seconde partie, je proposerai une synthèse des résultats de mes recherches sur les effets de la guerre civile chez les Ashaninka et leur situation d’exclusion économique et sociale.

Construction nationale, race, métissage et racisme

sur fond de période de post-guerre civile La question de la construction nationale péruvienne ne saurait se comprendre si on ne la place pas dans le contexte de la guerre civile que le pays a connue entre 1980 et 2000, et dont il subit toujours une partie des séquelles. Si on ne reconnaît pas ce fait d’histoire immédiate, on se place dans l’incapacité de saisir le sens d’une croissance macro-économique qui ne profite qu’à une minorité. Commençons par rappeler que la Commission de vérité et de réconciliation, qui a rendu son Rapport final en août 2003 , sous la présidence d’Alejandro Toledo, a adopté l’expression « guerre interne » ou « conflit armé interne » en suivant la terminologie du droit humanitaire qui ne reconnaît pas la valeur juridique du terme « guerre civile ». Cependant, l’affrontement entre Péruviens, c’est-à-dire entre membres d’organisations dites « révolutionnaires » (le Parti communiste du Pérou, Sentier Lumineux [PCP-SL] et le Mouvement révolutionnaire Túpac Amaru [MRTA]), les forces de l’ordre, et des milices civiles alliées ou ennemies des subversifs, cet affrontement a bel et bien eu lieu pendant une vingtaine d’années. En conséquence, il s’est bel et bien agi d’une guerre civile, même si le terme n’est pas adopté chez la plupart de spécialistes de la question, à l’exception d’Alberto Flores Galindo (1986) et de Cecilia Méndez (2000).

Je parle pour ma part de guerre civile, de violence collective, rationnelle et très attirante pour les hommes, comme l’a montré Hannah Arendt (1969), et enfin de violence de masses, au sens défini par Jacques Sémelin (2004, 2005). Sémelin pose qu’« aucune société n’est à l’abri de tels processus de la violence de masses dès lors qu’elle commence à se déliter », ainsi, « les logiques de la violence qui aboutissent au massacre s’appuient sur la désignation de boucs émissaires, la radicalité de l’antagonisme amis/ennemis et, plus encore, la tuerie comme acte purificateur. » (2005 : 25-26).

Des crimes massifs ont été en effet commis par l’armée et par le PCP-SL pendant cette guerre qui a fait, selon les estimations de la CVR, plus de 70 000 morts, dont 75% étaient originaires des régions des Andes du centre et du sud (Ayacucho, Huancavelica, Apurímac, Junín). Même s’il s’agit là des régions les plus pauvres et abandonnées par l’État depuis la création du Pérou, on évitera d’affirmer qu’il y a eu un génocide des « Indiens » quechua, ni une guerre ethnique, comme certains auteurs influencés par le néo-indigénisme le pensent. Il se trouve seulement que la majorité des militants du PCP-SL étaient eux-mêmes d’origine quechua, et qu’ils ont recruté des paysans et des jeunes collégiens ou étudiants des Andes qui avaient, forcément, les mêmes origines (Degregori 1990, Gorriti 1990). Du reste, le PCP-SL refoule le facteur ethnique de son discours extrémiste, pour privilégier la seule « lutte de classes », ce qui ne l’a pas empêché de mépriser les Indiens-paysans-ignorants, surtout lorsqu’ils ont commencé à leur opposer une résistance et à les rejeter massivement après 1983. Enfin, Eduardo Toche (2008) a remarqué que les soldats et les policiers envoyés dans ces zones déclarées en état d’urgence, avaient eux-mêmes des origines quechua, même si elles étaient rejetées au nom de la supériorité de la « culture militaire ». En fin de compte, cela montre bien le visage de la guerre civile déclenchée par une élite d’origine quechua et métisse, suivie par des militants d’origine quechua, et qui a tenté de créer un « nouvel État communiste », totalitaire et extrêmement rigide dans les Andes et dans la forêt centrale, et qui était réprimée par une armée dont la majorité de soldats étaient quechua. Dans un certains sens, il s’est agi, comme l’écrivait Alberto Flores Galindo (1986), d’une autre « guerre entre Indiens. »

La CVR estime également que 46% des victimes ont été tuées par le PCP-SL, 30% par les forces de l’ordre, et 24% par les milices civiles et les groupes paramilitaires. Des pics de violence extrême ont été enregistrés entre 1983 et 1984, puis entre 1989-1990 et en 1992. En septembre 1992, Abimael Guzmán, le sinistre chef du PCP-SL, a été capturé et condamné à 25 ans de prison. Néanmoins, si la guerre déserta alors le cœur des Andes, elle s’est poursuivie jusqu’en 1995-1997 dans la forêt centrale (selva central), chez les Ashaninka des fleuves Ene et Tambo, et chez les Nomatsiguenga, leurs parents, de la zone de San Martín de Pangoa (province de Satipo, région de Junín). Cette réalité de la guerre est restée cependant presqu’inconnue, en particulier l’existence de camps de mort installés par les senderistes où des milliers d’Ashaninka furent forcés de mener une existence censée être « révolutionnaire », le noyau de la future société communiste sans classe dont rêvaient les barbares senderistes. La CVR a classé les témoignages recueillis auprès des rescapés des camps comme étant des « cas d’esclavage forcé », toujours en suivant la terminologie du droit humanitaire. Mais la réalité est tout autre, comme je tente de le montrer avec mes recherches actuelles (Villasante 2012a, en préparation).

Ethnicité, races, racismes et construction nationale

Le processus de « construction nationale » a été terriblement ébr anlé au cours de la guerre civile dans l’ensemble du territoire national. Sans pouvoir entrer dans les détails de la situation préalable, on peut avancer que les militaires ont davantage fait pour la construction d’une future nation péruvienne que les élites civiles qui ont gouverné le pays après l’indépendance. Eduardo Toche (2008) a montré en effet l’importance des programmes de « civilisation et d’intégration des Indiens » des Andes et de l’Amazonie centrale durant le XIXe siècle, et même jusqu’au gouvernement du général Juan Velasco Alvarado (1968-1975). On serait tenté d’avancer que les militaires péruviens s’arrogeaient la tâche des armées coloniales européennes qui voulaient « civiliser » les sauvages africains et asiatiques jusqu’au milieu du XXe siècle. Mais tout changea avec le triomphe de la révolution cubaine, en 1958, la création d’une doctrine de sécurité anti-communiste par les États-Unis, et la participation massive des armées latino-américaines à sa mise en place. Désormais, tout en continuant à vouloir civiliser les « Indiens-ignorants », leur apprendre le castillan et les incorporer dans leurs rangs (comme chair à canon), les militaires péruviens allaient devenir méfiants et violents contre tous ceux qu’ils considéraient comme des communistes virtuels ou réels.

Au cours de la guerre civile, les forces de l’ordre ont traité les paysans des Andes et les natifs de la selva comme des « terroristes », les soupçonnant d’appartenir aux « bandes de délinquants, traîtres à la nation », et soumettant ceux qu’ils traitaient de « sales Indiens » aux mauvais traitements, aux tortures et aux exécutions. J’ai avancé ailleurs que ce comportement en apparence choquant, car - d’un point de vue européen - « ils étaient tous indiens », montre la réalité du racisme péruvien qui mélange de manière complexe la « couleur de la peau », c’est-à-dire les traits extérieurs, avec la « culture et la langue » (Defensoría del Pueblo 2007). Cette association étroite entre racisme biologique et culture, théorisée en France par Pierre-André Taguieff (1988), et par Etienne Balibar et Immanuel Wallerstein (1989), de manière très savante, représente simplement un fait social commun à toutes les sociétés humaines, comme l’avait noté Claude Lévi-Strauss il y a fort longtemps (1952). Les groupes humains se discriminent mutuellement en vertu de leurs appartenances culturelles et physiques, dites « raciales » ; ceci en dehors du fait que, d’un point de vue biologique, les races n’ont pas d’existence formelle et que l’espèce humaine est une. Au Pérou, les soldats, comme les métis de province qui dirigeaient le PCP-SL, y compris Guzmán, ne se considèrent pas du tout (et ne sont pas considérés) comme des « Indiens », le terme étant devenu un synonyme de « paysan rustre, ignorant et misérable » (Flores Galindo 1986) depuis l’anéantissement de la révolte de Túpac Amaru (1781). Á l’instar des soldats, les senderistes se considéraient comme des personnes civilisées car ils parlaient le castillan correctement et connaissaient les règles minimales de vie citadine. Pour les citadins et les hispanophones, les « vrais Indiens » sont ceux qui ne parlent pas le castillan, qui ont des habitudes rustres, et qui portent des habits « traditionnels », c’est-à-dire ni modernes (lire occidentaux), ni citadins.

Photo 1 : Funérailles à Huancayo (Junín). Alejandro Balaguer©

Nous savons que le racisme se fonde sur le mépris des Autres en raison de leur « race » et de leur culture considérées « inférieures » (Wieviorka 1991). Or, le racisme péruvien s’est constitué en deux temps. D’abord, après les années 1920, au cours desquelles ont été élaborées les politiques indigénistes d’intégration des « Indiens » à la nation par le biais de l’éducation nationale. Même si cette éducation excluait de facto la « culture quechua » après la période inca et la révolution de Túpac Amaru, et se taisait sur toute la période coloniale et l’extrême exploitation dont les Quechua et les autres peuples natifs furent les victimes. Dans un second temps, dans la période de l’après-guerre, on vit s’organiser le racisme contemporain, lorsque l’exode rural et les migrations poussèrent des milliers de paysans pauvres à chercher du travail et à s’installer durablement dans les villes de la côte et surtout à Lima. Á partir de cette époque, ils furent méprisés en raison de leur « race et leur culture » jugées inférieures. Il faudra attendre le gouvernement du général Velasco et ses mesures pro-paysannes, dont notamment la réforme agraire de 1969, pour que le mépris envers les Péruviens d’origine native s’amenuise, sans pour autant disparaître. Dans cette période, la mobilité sociale s’affirme par l’émergence de la nouvelle catégorie socio-ethnique des « cholos », des personnes d’origine andine qui ont appris à parler correctement le castillan, se sont éduqués, et ont réussi économiquement.

L’idée du métissage abolissant toutes les « différences raciales et culturelles » est apparue parmi l’élite des « blancs », c’est-à-dire des personnes qui ont une généalogie européenne réelle ou virtuelle, mais se rendent compte que l’intégration à la « nation péruvienne » doit passer par la célébration du « mélange des races ». Cette idée s’exprime aussi par l’idée courante, reprise dans les médias, que tous les Péruviens sont des métis, comme dit le proverbe : « los que no tienen de Inca tienen de Mandinga » (ceux qui n’ont pas d’Inca [du sang quechua] ont [du sang] de Mandingue [le groupe mandé ouest-africain]). Le grand métissage réel des Péruviens, comme ailleurs des Latino-américains, dans lequel s’inscrivent des apports asiatiques et européens, n’a cependant aucun rapport avec la réalité de la hiérarchie statutaire qui reste fondée sur l’idée du sang et de la prépondérance de la généalogie européenne. En effet, dans un registre public et bien-pensant, il est de bon ton de revendiquer les origines métisses et le respect des cultures natives, et rares sont les Péruviens qui se reconnaissent racistes aujourd’hui. Mais dans un registre privé, on reconnaît volontiers qu’il vaut mieux être « blanc » qu’autre chose. Comment comprendre cette contradiction apparente ? Cela s’explique par le fait que ce qui existe dans la réalité sociale est une hiérarchie de métis péruviens (Villasante, sous presse b).

Dans ce sens, le métissage n’a pas impliqué l’abolition de la hiérarchie de la « race », mais lui a apporté une complexité supplémentaire en créant des statuts différenciés selon la notion de « degré de sang » héritée des Européens, et appliquée aux natifs, aux Asiatiques ou aux Africains. Cette manière de voir n’est pas si éloignée de l’idéologie et du classement de « castes » créés par les colonisateurs espagnols aux Amériques. Comme on le sait, les castes (issues du classement des groupes endogames trouvés aux Indes par les Portugais) définissaient l’insertion biologique des personnes en fonction des métissages. Mis à part les grands groupes de « blancs », d’« indiens » et d’« africains », les Espagnols ont introduit des classements très complexes selon les mélanges entre blancs et africains, indiens et africains, indiens et blancs, etc. Tout en conservant un terme particulier aux « Espagnols nés aux Indes », les criollos , qui seront les organisateurs des guerres d’indépendance des Amériques.

Au Pérou, le racisme n’a cessé de se reproduire dans ce cadre-là, s’appuyant sur un classement des personnes en fonction de leurs généalogies et de leurs degrés de mélange ethnique (Callirgos 1993, Villasante sous presse b). Il continue de sévir au sein d’une société paradoxale qui a accepté la modernisation/occidentalisation de son économie et de son niveau de vie, tout en rejetant les valeurs d’égalité entre citoyens, et, jusqu’à un certain point, de démocratie. Ainsi, Flores Galindo (1986) a évoqué une « république sans citoyens ». Cela a été et reste possible dans la mesure où, malgré l’atténuation du racisme, la hiérarchie sociale et statutaire reste attachée (viscéralement ?) aux origines et au « sang ». Le racisme se développe dans le cadre de relations quotidiennes entre les patrons métis/blancs et les employées de maison, d’origine native ou supposée telle. Dans ce contexte, et malgré les avancées notables de cette période d’après-guerre, le lien étroit entre servilité, pauvreté et origine native se reproduit et s’alimente tous les jours. L’employée de maison « indienne » peut être ainsi insultée et traitée de « chola », terme qui souligne, dans ce contexte, la part d’héritage indien des personnes. Notons rapidement que le terme était déjà cité par Inca Garcilaso de la Vega, qui remarque que le terme veut dire « chien », qu’il vient des îles de Barlovento, et que c’est dans ce sens d’insulte que les Espagnols l’emploient. Cependant, comme l’ont montré plusieurs auteurs péruviens (Callirgos 1993, Manrique 1999 et 2006, Bruce 2007), la « choledad », l’appartenance au groupe cholo, est ambivalente et sert aussi à nommer/appeler les personnes qu’on aime et qu’on chérit (des couples se donnent ainsi du cholito/a). Dans des circonstances conflictuelles, on peut aussi traiter de « cholo/a » une personne que l’on veut insulter, sans aller jusqu’au terme très insultant « indio/a ». Raison pour laquelle on sait qu’au Pérou « on est toujours le cholo de quelqu’un », c’est-à-dire qu’il y a toujours des autres qui ont plus de « sang indien » que soi même, et vice-versa.

Dans ce cadre, comment construire une nation alors que ce qui est souligné est la différence sociale dans ses aspects les plus visibles, la « race » et la culture ? Benedict Anderson (1983) a avancé que la construction nationale représente un phénomène nouveau, étroitement attaché à l’émergence des États modernes, au cours du XIXe siècle, aussi bien en Europe qu’aux Amériques et ailleurs. Cela veut dire que contrairement à une idée en vogue en Amérique du Sud, le modèle d’État-nation européen n’est pas très ancien, puisqu’il apparaît presque en même temps que les guerres d’indépendance d’Espagne. Même si ce dernier pays n’a pas connu de révolution à la française, et que l’égalité des citoyens ne fut jamais adoptée comme modèle d’État républicain. Pour Anderson, et pour Eric Hobsbawm (1990), l’État-nation moderne est composé d’un territoire devenu national, connu et administré par un groupe de fonctionnaires qui centralisent le pouvoir politique et assurent la protection des personnes, devenues des citoyens, face aux agressions extérieures. Les citoyens sont reliés entre eux par le sentiment d’appartenir à la « nation », à la communauté nationale, qui regroupe en son sein diverses communautés parfois différentes, mais qui adhèrent toutes aux valeurs et aux idéaux nationaux. Cela signifie que pour construire une nation, il faut des valeurs partagées, et en particulier l’idée d’une commune appartenance à un peuple culturellement unifié, parlant une langue commune, malgré la présence d’autres langues minoritaires, et partageant une même histoire nationale (avec des héros et des faits fondateurs). Les nations européennes, surtout dans la partie occidentale, ont construit leurs États de cette manière, en imposant une communauté ethnique et une langue aux autres groupes linguistiques minoritaires.

Ce modèle de construction de l’État-nation n’a jamais été adopté pleinement au Pérou, ni probablement dans le reste de l’Amérique latine. Les histoires nationales sont donc faibles ou éloignées de la réalité, et elles manquent cruellement de mythes fondateurs. Jusqu’aux années 1950, la plus grande partie du « territoire national » n’était pas soumis au contrôle de l’administration centrale qui restait extrêmement enfermée à Lima. La plus grande partie de l’Amazonie, qui couvre 60% du Pérou, n’était pas reliée par des routes aux villes des Andes et on ne savait même pas combien de personnes y habitaient. Le pays existait sur les cartes mais il était très mal connu et très mal administré. Les militaires ont été les premiers à proposer des plans de « civilisation des Indiens », notamment dans la selva centrale qui avait commencé à être exploitée par les grands propriétaires terriens qui travaillaient le café et les cultures tropicales.

Les militaires se sentaient les représentants et les défenseurs de la nation péruvienne et ils considéraient que la civilisation ne pouvait être achevée sans une intégration par la langue castillane et les valeurs patriotiques. Ils voulaient que les jeunes « Indiens » deviennent des soldats éduqués et de vaillants défenseurs de leur pays. Ce qui ne les empêchait pas de les soumettre à des mauvais traitements et de les abreuver d’insultes racistes. Le gouvernement militaire inauguré en 1968 porta plus loin les idées civilisatrices de ses prédécesseurs. Malgré leurs erreurs et leurs méfaits, en rien comparables cependant aux violentes répressions de leurs collègues argentins, chiliens ou brésiliens, les militaires péruviens qui voulaient faire une « révolution sociale et humaniste », ont entrepris la plus vaste campagne d’intégration nationale des populations rurales de la côte, de la sierra et de la selva, jamais entreprise au Pérou. Durant cette période, la première réforme foncière fut mise en œuvre, et même si les résultats ne furent pas les meilleurs, le changement fut une évidence. Les paysans pauvres commencèrent à sentir qu’ils existaient pour les gouvernants, et qu’ils étaient en train de devenir péruviens grâce à la reconnaissance du général Velasco. Pour la première fois aussi, une loi qui reconnaissait les droits fonciers des communautés de la selva fut adoptée en 1974. On peut donc conclure en affirmant que la construction nationale organisée par un gouvernement commença en 1968. Mais elle se termina rapidement car un gouvernement militaire de droite, dirigé par Morales Bermudez, remplaça celui du général Velasco en 1975, et aucun autre gouvernement ne reprit les chantiers ouverts au début des années 1970 (routes, écoles, crédits agricoles, santé publique), ce qui créa une grande frustration paysanne. Comme le soutient Carlos Ivan Degregori (1990, 2010), c’est cette situation qui est à la base de l’émergence du mouvement de subversion le plus important et le plus long au Pérou et dans le reste de l’Amérique latine.

La première période du gouvernement militaire remit à l’honneur l’héritage natif du pays, mais il fut impuissant à proposer un mythe national, une histoire commune à partager, et surtout des valeurs modernes d’égalité sociale fondatrices d’un État et d’une nation démocratiques. Comment cela aurait-il été possible de la part d’un gouvernement militaire ? L’affirmation de l’égalité citoyenne ne fut jamais achevée et complétée par l’affirmation de la démocratie. L’autoritarisme et la rigidité ne pouvaient pas fonder un pays démocratique. Ce fut dans cette même période, dès 1970, que des notables de province radicalisés commencèrent à invoquer une « révolution communiste » comme remède à tous les maux péruviens. Et c’est ainsi, dans ce contexte rural marqué par la frustration des réformes inachevées et par les ressentiments des jeunes éduqués qui se voyaient marginalisés du fait de leurs origines « indiennes », que s’est développée l’idéologie de violence et de destruction du Parti communiste du Pérou-Sentier Lumineux.

Établissons maintenant un parallèle entre l’avant et l’après-guerre. Avant la guerre du PCP-SL contre l’État et contre la société péruvienne, la construction nationale restait cantonnée à un groupe réduit d’intellectuels et d’étudiants progressistes, sans aucune influence dans l’administration du pays, et surtout éloignée de la réalité péruvienne. En effet, à cette époque les intellectuels préoccupés par le destin du pays avaient adopté une attitude néo-indigéniste de défense et de protection des « Indiens », et ils croyaient eux aussi qu’il n’y avait pas d’autre issue que la révolution, le seul moyen d’imposer une société juste et égalitaire. L’utopie révolutionnaire remplaçait l’analyse des faits et des programmes de construction de la nation dignes de ce nom. Les intellectuels n’analysaient pas le racisme péruvien qui restait dans l’ombre, nié et honteusement évoqué en privé. Quant aux élites au pouvoir, elles vivaient éloignées du pays réel et de ses habitants, et ne faisaient rien, ni pour promouvoir le contrôle étatique par la construction de routes (entamée durant le premier mandat de Belaunde), l’installation de bureaux gouvernementaux, de postes de police, ni pour construire un mythe national susceptible d’intégrer tous les Péruviens dans une même nation. On avait plusieurs communautés séparées par des cordillères et des forêts, et ni la langue castillane ni la religion catholique majoritaire ne jouaient un rôle unificateur. Après la réforme foncière de 1969, s’est affirmée une distinction entre les origines ethniques et le niveau d’éducation ; le terme « indien » devint ouvertement péjoratif, il désignait les paysans ignorants, quechuaphones et misérables, et on cessa officiellement de l’utiliser. On parlera désormais de « paysan », le général Velazco transforma le « Jour de l’indien » célébré le 24 juin en « Jour du paysan ». L’anthropologue Marisol de la Cadena (2000) a montré que dans la région de Cusco s’affirma alors une identité des élites qui se revendiquent « indigènes-métis » pour souligner leur héritage local, notamment la langue quechua parlée par tous, et pour se distinguer des « indiens » illettrés et misérables. Les indígenas mestizos sont donc éduqués, quechuaphones, et ils forment l’élite de la région de Cusco. Le processus sera semblable dans d’autres régions des Andes, notamment à Huancayo et à Ayacucho. Restait cependant une constante : l’abandon des paysans andins et des peuples amazoniens, considérés comme les plus sauvages et les plus barbares de tous.

Le PCP-SL a mis longuement à profit cette situation de désordre institutionnel, de vide étatique dans de vastes territoires du pays, et le laisser-aller généralisé vis-à-vis des majorités rurales et citadines pauvres, c’est-à-dire près de 70% des Péruviens. Les attentats et les violences de masse, c’est-à-dire les massacres commis par les militaires et par les senderistes pour semer la terreur dans les populations, et pour les plier à leurs projets totalitaires, ont eu un effet paradoxal. Alors qu’au début des années 1980, les régions de la sierra et de la selva restaient pratiquement inconnues par les habitants de la côte moderne et surtout par les Liméniens, on a commencé à connaître l’existence de villes, des villages et des hameaux où se développaient les fronts de guerre et autres attentats à la bombe, et dont on ne soupçonnait pas l’existence. Le pays était désormais connu de tous, ou au moins d’une grande partie de la population des villes. On recevait des nouvelles des Autres (souvent mauvaises) qui vivaient au-delà de la cordillère et dans l’Amazonie.

Photo 2 : Enfants-soldats de Julcamarca (Huancavelica). Nelly Plaza©

Entre 1980 et 2000, des grands changements sont intervenus dans les structures et dans les perceptions des Uns et des Autres. Les nouvelles sur les violences survenues dans les trois-quarts du pays ont fait prendre conscience de l’étendue du territoire et de la diversité des habitants. La guerre civile a rendu possible une meilleure connaissance des Péruviens, mais aussi une polarisation entre ceux qui soutenaient les projets sanguinaires du Sentier Lumineux (beaucoup moins dans le cas du MRTA), et ceux qui les rejetaient. Dans ce processus, la dynamique était politique et bien moins ethnique ; l’opposition entre Nous/Autres se manifestait comme une lutte entre Nous-senderistes/Autres-ennemis. Cela s’est manifesté aussi par l’utilisation du drapeau péruvien par les paysans, en tant que symbole du peuple en lutte contre le PCP-SL et le MRTA, drapeau national qu’on opposait au drapeau rouge des communistes (Méndez 2000). Il faut préciser que les actions d’extrême violence qui se sont déployées dans les régions d’Ayacucho et de la selva centrale ont fait considérer que les acteurs ne pouvaient pas être des « Péruviens », mais des « étrangers », tellement leur cruauté semblait éloignée du monde civilisé connu des paysans (Informe final de la CVR 2003, IDEHPUCP 2009 : 73). Kimberly Theidon (2004) a noté que les senderistes étaient aussi associés aux démons andins, aux pishtacos (mangeurs de graisse humaine). Au cours de la guerre dans les Andes, les groupes paysans étaient divisés, du moins pendant quelques années, entre les « péruviens » et les « communistes/subversifs ».

La guerre civile s’est développée dans le cadre du racisme ordinaire qui constitue un fait de structure de la société péruvienne, mais qui était aussi renforcé par le racialisme scientiste apparu au XIXe siècle en Europe (dont parle Todorov, 1989). Les distinctions entre « blancs » et « métis », c’est-à-dire les paysans qui ont une langue indigène, se sont affirmées partout, chez les subversifs, chez les militaires, ainsi que chez les habitants des Andes et de l’Amazonie.

Après les années 2000, le racisme s’est transformé, les « cholos » sont devenus moins indigènes, si l’on peut dire, au sens où les origines andines ou amazoniennes ne faisaient plus aussi honte, et une fierté de la « choledad » a commencé à poindre. Le grand changement concerne en fait la honte d’afficher des avis racistes sur les Autres, mais de toutes les manières une nouvelle relation de proximité entre les Péruviens de toutes les régions a commencé alors à se manifester. On écoute la musique des Quechua (huaynos) et des couches populaires (cumbia, chicha) dans les grandes villes ; des festivals d’art et de culture andine et amazonienne sont organisés chaque année avec un grand succès. Les candidats aux élections affichent ouvertement leurs origines « locales », et il fait bon avoir la peau mate et des origines populaires si l’on veut être élu. La couleur a partie liée avec le niveau économique et le classement social car, en effet, la couleur mate est toujours mal vue par les « blancs » des classes riches ; on doit ainsi se rappeler que lors des élections présidentielles de 2011, Ollanta Humala a été insulté dans les réseaux sociaux par ces élites qui le traitaient de indio bruto. Les origines « non blanches » ont joué en faveur du sinistre dictateur Alberto Fujimori (élu en 1990 et réélu en 1995), et cela a joué contre des candidats jugés trop « blancs », Mario Vargas Llosa, Javier Pérez de Cuellar ou, plus récemment, la maire de Lima qui vient de perdre les élections, Susana Villarán (voir Villasante, Chronique politique du Pérou, octobre 2014, janvier 2015). La construction d’une nation péruvienne, dans laquelle toutes les communautés ethniques et sociales partageraient le même mythe national (la communauté imaginée dont parle Anderson) reste donc une tâche longue et difficile à réaliser.

Le cas des indiens Ashaninka : des Indiens-sauvages oubliés par l’État

Si le racisme ordinaire a diminué dans ses manifestations les plus odieuses, du moins en public, ce qu’on appelait « le problème indien » au début du XXe siècle reste d’actualité. Le problème consiste dans la difficulté d’intégration des communautés autochtones qui ont une langue native. De ce point de vue, selon le recensement de 2007, elles ne représentent que 15% de la population péruvienne (estimée à plus de 30 millions). Cela dit, les Péruviens de langue native sont en réalité bien plus nombreux car il faut compter aussi les cas des personnes bilingues, et qui partagent la même situation d’exclusion de la part de l’État et de la société urbaine/moderne. Au Pérou les « politiques indigénistes » de protection ou de promotion des « Indiens » ont existé seulement dans les années 1920-1940. Contrairement à d’autres pays latino-américains, dont le Brésil, il n’existe pas de Bureau des affaires indigènes, même si la connotation colonialiste pourrait mettre en question le bien-fondé d’une telle instance nationale. Le fait est qu’au Brésil les quelques avancées dans la condition des peuples autochtones sont dues à l’adoption d’une politique de protection des groupes devenus, comme dans le reste du sous-continent, des paysans et/ou des citadins pauvres et exclus. Dans ce cadre, il est bon de rappeler ici que l’une des recommandations de la CVR, dans la section de Réformes institutionnelles, est la « création d’une institution étatique de politique en matière indigène et ethnique » concernant notamment les communautés de la selva centrale (IDEHPUCP 2009).

Les peuples amazoniens du Pérou représentent un total de 332 000 personnes selon le dernier recensement de 2007, et les Ashaninka de la forêt centrale forment le groupe le plus important ; ils font partie de l’ensemble linguistique arawak, auquel appartiennent aussi les Yànesha, les Nomatsiguenga et les Kakinte (en voie de disparition). Le recensement de 2007 comptait 106 349 Arawak, dont 88 703 Ashaninka, 8 774 Asheninka (Pajonal) et 8 016 Nomatsiguenga (INEI 2010b). Leur situation dans le contexte national est paradigmatique de l’abandon de l’État et de la société, des peuples qui tout en ayant une culture et une histoire antique et qui ont été agressés et décimés par les entrepreneurs du caoutchouc (1870-1920), ne soulèvent pas le moindre intérêt à les incorporer dans la nation en construction. Mais il y a pire, les Ashaninka et leurs parents Nomatsiguenga représentent les peuples qui ont le plus souffert durant la guerre civile, bien plus que les Quechua d’Ayacucho si l’on tient compte de leur poids démographique et des pertes en vies humaines qu’ils ont subies entre 1989 et 1995. En effet, sur un total estimé de 55 000 personnes en 1993, 6 000 ont perdu la vie, notamment dans les camps de mort senderistes, plus de 10 000 ont été déplacés de force, et le nombre de disparus est indéterminé. Dans les pages qui suivent je présenterai une synthèse de leur situation pendant et après la guerre pour donner un aperçu du drame qu’ils vivent encore de nos jours, dans la plus grande indifférence gouvernementale et sociétale.

Bassin des fleuves Ene et Tambo [Rodríguez, sans date]

L’installation des senderistes dans la selva centrale

Les données qui suivent ont été exposées dans plusieurs publications, notamment dans l’Étude des cas ashaninka et quechua qui doit paraître dans le site web de l’Encyclopédie de la violence de masses (CERI-IEP). Les subversifs du PCP-SL entrent dans la selva centrale vers 1983 pour échapper à la répression des forces armées dans la région d’Ayacucho. Pour ce faire, ils suivirent les cours de fleuves Apurímac et Ene, habités majoritairement par les Ashaninka et par quelques groupes de colons andins qui ont envahi ces territoires souvent de manière brutale depuis les années 1970. Le processus de recrutement des militants était le même que celui qui fut suivi dans les zones andines ; les premiers « mandos » ashaninka furent ceux qui parlaient bien le castillan, les maîtres d’écoles, les infirmiers et les moniteurs de santé. Pour s’imposer par la terreur, les senderistes exécutaient des « indicateurs » et autres « traîtres », mais aussi des délinquants et les colons andins accusés d’être des envahisseurs des terres ashaninka. Autant de stratégies qui attiraient un nombre important d’Ashaninka trouvant dans la « justice senderiste » un moyen de se venger des colons. Les recrutements volontaires étaient accompagnés de séquestrations d’enfants et d’adolescents de leurs propres communautés à partir de 1989. Entre 1988 et 1989, le PCP-SL contrôlait toute la province de Satipo, les fleuves Mantaro, Apurímac, Ene et le Bas Tambo. Déjà au milieu des années 1980, le MRTA avait tenté de s’installer dans les districts de Perené et Pichanaki et dans la province de Chanchamayo, mais ils affrontèrent les senderistes, furent battus et durent abandonner la zone en 1988. Le PCP-SL installa des camps de travail, appelés « comités de base » entre 1985 et 1989, forçant des milliers d’Ashaninka à abandonner leurs communautés villageoises et à s’installer pendant des années dans la forêt, notamment sur le fleuve Ene. Des centaines d’Ashaninka décidèrent de s’échapper dans la forêt pour éviter la captivité dans les camps (Gagnon, William et Marilyn Hoffer, 2000 ; Gorriti 1990b). Á la fin 1990, toutes les communautés du fleuve Ene (30) et du Bas Tambo (14) avaient disparu ; les gens se cachaient dans la forêt ou avaient été emmenés dans les camps (Hvalkof 1994, Espinosa 1996, Fabián 2006 ; Rapport final [Informe final, désormais IF] de la CVR 2003). Les premières libérations datent de l’année 1991, lorsque les militaires et les miliciens natifs ont libéré 2 800 captifs de la région de Satipo ; elles ne furent toutefois définitives qu’entre 1994 et 1995. Sur un total de 215 massacres répertoriés dans le Rapport final de la CVR, 15 au moins ont concerné la région de la forêt centrale. J’ai identifié pour ma part 59 grands massacres, dont le plus important eut lieu le 18 août 1993 ; ce jour là, le PCP-SL et un groupe de miliciens andins et ashaninka massacrèrent 72 personnes, dont 36 colons (de six villages) et 21 Nomatsiguenga (de Pueblo Libre et de Tahuantinsuyo) dans la vallée de Tsiriari. Une femme survivante du massacre de Tahuantinsuyo, particulièrement cruel, relate :
« [Environ une centaine d’hommes et de femmes ashaninka, nomatisguenga et choris (colons andins) entrèrent au village]. On a pris mon beau-frère et on l’a frappé avec un couteau, mon frère fut tué avec une hache, on lui a coupé la langue. Et les enfants furent aussi tués. Un bébé pleurait et alors on l’a coupé, entièrement, ils ont fait pareil à ma nièce, elle était bien couverte parce qu’il faisait froid, elle portait un chuyito [bonnet de laine] et alors on l’a coupée sur la petite table où elle s’asseyait souvent, et l’ont laissée là. À l’autre bébé on lui a coupé sa petite langue… » (Témoignage 02, Tahuantinsuyo, EP/LMM, entretien avec Angélica. IF, Tomo VI : 683).

En juillet 2014, j’ai recueilli le témoignage de Hermías Delgado, qui avait 8 ans lors du massacre de Tahuantinsuyo au cours duquel ses parents furent assassinés. Hermías relate comment des hommes quechua et ashaninka arrivèrent à sa communauté, les accusèrent d’être des traîtres, collaborateurs des militaires et, sans transition ni explication, commencèrent à tuer des hommes, des femmes, des enfants partout où ils se trouvaient ; ils étaient tués avec des arcs et de flèches, des haches et moins couramment avec des balles. Ils n’étaient ni drogués ni en état d’ivresse. Le chef de la bande des barbares était un andin haut de taille, d’une cinquantaine d’années, qui portait un révolver. Après le massacre les hommes volèrent tout ce qui leur fut possible dans les maisons. Et tout resta silencieux. Les sinchis, la police anti-subversive, arrivèrent le lendemain ; ils cherchèrent les traces des assaillants, et ordonnèrent aux survivants de creuser une fosse commune où les 21 personnes tuées furent enterrées à la hâte. Les blessés, comme Hermías et ses petits frères (Angel de 6 ans, et Elva de 7 ans), furent transportés à Satipo, puis à Lima pour y être soignés. Personne ne veut parler de ces faits, le silence est de mise chez les rescapés qui, comme Hermías, ne parle du massacre ni avec sa grand-mère ni avec sa tante, seuls survivants de sa famille ; je fus la première personne avec qui il a accepté d’évoquer l’horreur de cette journée (Villasante 2014e). De même que dans les villages andins, dans la région de l’Amazonie centrale, la guerre dans la selva centrale a été une guerre civile, une guerre entre proches. Comme le disait une femme du fleuve Tambo : « nos hemos matado entre nosotros » [nous nous sommes entretués nous-mêmes] (Villasante 2012a).

Photo 3 : Hermías Delgado et la fosse commune de la communauté de Tahuantinsuyo. Juillet 2014. Villasante©

Le système concentrationnaire des camps senderistes

La réalité des camps senderistes installés sur le fleuve Ene (District de Río Tambo, Satipo, Junín) reste encore largement méconnue, au Pérou aussi bien qu’à l’étranger. Pour surprenant qu’il soit, le fait traduit peut-être une méconnaissance locale de l’abondante littérature spécialisée sur les camps communistes russes, chinois, cambodgiens, ainsi que sur les camps nazis . Mes travaux sont en train de montrer que les témoignages des rescapés ne concernent pas des cas « d’esclavage » mais du monde concentrationnaire. J’ai commencé à publier les premiers résultats des enquêtes entreprises en 2008 depuis deux ans (Villasante 2012a, 2014c, 2014d, 2014e, sous presse b). De même que dans les camps communistes, mais aussi des camps installés dans la zone de Chungui et d’Oreja de Perro (Ayacucho), entre 1982 et 1987, la vie quotidienne était organisée dans un cadre militaire, avec des horaires et des contrôles rigides des faits et gestes, des conversations et même des états d’âme. Les senderistes ne cessaient de répéter la consigne maoïste « qu’ils avaient mille yeux et mille oreilles ». Ceux qui disaient du mal du « parti » ou des chefs étaient dénoncés et punis lors de « séances d’autocritique » au cours desquelles les dénonciations pouvaient venir des membres de la propre famille et se terminer par une exécution (Espinosa 1995 : 133, Rojas 2008, Villasante 2012a). Au fin fond de la forêt, les senderistes appliquaient les pires consignes et stratégies de domination totalitaire inventées par les maoïstes, et avant eux par les bolcheviques. La violence inutile dont parle Primo Levi (1986), celle qui est destinée seulement à causer la douleur et la déshumanisation, fut un fait quotidien dans les camps senderistes.

Photo 4 : Femmes et enfants rescapés d’un camp senderiste, communauté de Cutivireni (Río Ene) ©Newton

Les enfants devaient suivre une « école populaire » où ils étaient endoctrinés dans la haine de l’État, des militaires et des « ennemis de la révolution » ; les jeunes devaient s’entraîner à l’utilisation d’armes traditionnelles, des arcs et de flèches, et seuls les dirigeants, qui étaient entre trois et cinq, disposaient d’armes à feu. L’entraînement des enfants-soldats constituait une nouveauté dans l’histoire régionale et nationale (même si l’armée recrute parfois, en toute illégalité, des mineurs). Les hommes et les femmes devaient s’occuper des cultures, de la chasse et de la pêche pour manger. Les vieilles personnes aidaient à fabriquer des arcs et des flèches et à garder les bébés. Les femmes et les adolescentes étaient utilisées comme esclaves sexuelles des dirigeants senderistes (IF de la CVR, 2003, Tomo VI ; CVR, Hatun Willakuy 2004 : 126 et sqq.).

La vie dans les camps est considérée par les survivants comme une période de perte d’humanité. Voici deux témoignages recueillis par la CVR :
« Nous étions comme des porcs, cachés dans la forêt, dormant dans la boue et mangeant des soupes d’eau. Nous n’étions plus contents. Nous étions tristes et on ne mangeait plus, nous pensions à la famille, à nos champs… Nous n’avions rien à manger, on ne nous laissait pas la liberté de manger, et nous et nos enfants étions soumis à l’esclavage. » (Femme de Puerto Ocopa, Témoignage recueilli par le CAAAP en 2000, IF, Tomo VI : 257).

« Tu étais comme un animal, il n’y avait plus de famille ; parfois on te demandait de tuer les membres de ta propre famille, ton fils, parce qu’il n’était plus de ta famille. [Ils disaient] que c’était un ordre du peuple, mensonge ! Ce n’était que l’ordre du chef senderiste ! » (Homme de Puerto Ocopa, Témoignage recueilli par le CAAAP en 2000, IF, Tomo VI : 257).

Le processus d’animalisation des personnes enfermées dans les camps ou préparées pour un massacre est un fait récurrent dans les expériences du même type dans le monde. Le Rapport final de la CVR mentionne les similarités entre les camps senderistes chez les Ashaninka et les « camps de concentration ». Malgré cela, les gouvernements qui ont suivi la transition de 2000 n’ont pas inclus les Ashaninka et les Nomatsiguenga dans les priorités nationales en termes de reconnaissance officielle de leur tragédie et d’aide d’urgence dans les secteurs les plus pressants, l’éducation, la santé et le travail. En conséquence, ils restent exclus et abandonnés.

La vie dans les camps de travail et de mort fut épouvantable pour les Ashaninka et les souffrances ont duré jusqu’en 1995 ; cependant certaines personnes ou groupes de familles sont encore récupérés de nos jours. Nombreux trouvèrent la mort de faim et de maladie, notamment les enfants et les personnes âgées (Hvalkof 1994 : 27, Espinosa 1995 : 134). De plus, l’épidémie de choléra de 1994 aggrava la situation sanitaire des Ashaninka (Rojas 2008 : 133). De même que dans les autres camps d’Ayacucho, la faim apparaît comme la marque distinctive de ce mode de vie dans les camps. Voici quelques témoignages recueillis par la CVR :
« Lorsqu’il n’y avait plus rien à manger, nous et les enfants mangions de la terre, on n’avait plus de sel, nombreux étaient ceux qui mouraient. » (VDI, P737, Homme de Qu des de familles ution éta la nation digalors on l’ls affrontn laisséel’unede selsfils,parce qu’il n& pouvait êlus darcahr, nl a vit de le#8217;animie nbsp;; ellesn’avait plus da forêe de l& portar, noison spèe. JC#8217;est tour cola du’enlesn’a caissée et il fst marta » (VBI, P7363e familles ution éta la nation digalors on l’ls affronOnmangeait pes femulles desshamancs, jt même des éserpnts #8230; Notar vie déait comme uclle de sesclaves ,en matgeant des sati, des corapauds des paypllens, nes coricket, on a ait tenlement laim nbsp;! » (HF, Tomo VI : 6895 nation digalors on lRppeléonsque la raim ets au vc#339;uv du sistème concentrationnaire P7imo Levi< éoriait nbsp;:
« LAssi lesfroid, ee seul mnnemis,pensions -ous ect mhvers n’éa--il éas ilus dtôtcessa que lous edéouvreos la foim nbsp;!:et réetmbrnt dans la bême drreur, lous edsons.au ours’huminbsp;: « ni se lement ànus n’avions ras foim nbsp;! » (Mis comme n tour rons -ous emaginér ln pas dvoir loim nbsp;!?Le RLgeraest la &oim nbsp;!:eous eêmes]nous sommes ea &oim la faim anctanée  » (Vi class="spip">sSiquestio èun fumo /i>, j(1947 19897nbsp;: 73).

Lne femme sshaninka aui restaidans un cadmppendant desnombreuxelsfnnées démoigna :
« [e qui ne fiappéale plus i l’étoque lu terrioisme eft de tvvre uans la forêt pour éobéiraux si class="spip">stucs) [i class="spip">strriucs),terrioismes . On ahangemit de llacé, on nestait dne symain& dans un cieu puis àn morcahit pes fours me pes fours et on crrivèat à ln autre gadmpment On ahangemit dos jombs on n’atilisatt plus dos jvritagles dombs Il fyeut lussi des cffrontèments ettre cemmunautés auhaninka et les silitaires, aeaucoup mrouvèrent la mort des enfants pussi Il fye vit de cffrontèments earce qu’il n’é avait pas d manger,nbsp;; on dangeait près mpu peuls les damarcaes mingeaitnt bien nbsp;; je f’avique des nouventir tristes on noyaietpleinede mort dans les campsments . Fnal ment, ies payples de la#8217;armée rrrivèrent l[ers 19839]par les sair t[jeés de hérliopaèrens]disait qu’in de ait pller pàdne sase dilitaire, au’in d’avllit pas dous suer Alors qombreux éurent ceux qui p’échapperent de campsments es terreoistes pour sherchèr une fase Mais ilors oes femilles staient tuéss ois disaient]« ca#8217;est tomme uçaque dmeuent les tractres d(#8230; ) Maivie déait crès mristesà cette époque ,je f&edormani ras fben, nj mangeait oes fèr be de la torêt, dl n’y avait pas d& sel, noide sa von#8230; Nes t[eux ]enfants furent aris me ils fourauent de soim la#8217;avînéfut tué aarce qu’il n& poulaie pas dller puer lvec le subversifs .Tomte im communauté dtait ausxmaint es teucs< mais aos jrères (iliciens naus snt afdémsà nosu libérar AMintenant un nesonstruirtla communauté de TShmagbenzo [Hut dambo,] mais il f a pe la tméfince ontre nosus on ne nput par oubliéerce qu’on apjvrculvec le seucs< » (VMaríaAshunció dan Silva dln Chiiceste 2e iGonzáes 21010nbsp;: 73)-74.

LDeqombreux éAhaninka furent ctrt urésavant e’être dxécutis, coujours me ain leurs paoches.,« polr l’hexmpla » La couauté stait ancore rlus grande iuantdil f’asgssait pe femmes qui é’étaient nar oe lement àioleés, mais amtilies daant la gise càmarta&Des curvivante sparle n de la poup ur des ésens et des poup ur du mvetre des cemmes et état d& grouses,e, cont le pf#339;utu était uxtrêit uHF, Tomo VI : 670, Rojas 2008,nbsp;: 133). Domment cendre conpte de lcs expcè de creauté sobservs aut Rwndai en efx-Yougoslaie, nen Chie et plus récemment, lut Souanset enf Cntratfrque &?Dans lon slvre ui class="spip">sPuriiertet décruire /i>) 2004 : 1351-352), Sémelinavancé que dême si l’annemisest deépeit par le propragnde ious pes traîts ehidux et mdnger,ex, dl farderune fecé,territbement àumaines En conséquence, i#171; le#8217;hexcutait du malsacre ee deot pe f#171; d&éfigur rnbsp;» (apidement cat autressemblable dour prarr pàdout reique l’iventifiéction. OPuvoir le cuer limplque de l&edéshumanisae, en ecteusnbsp;: 1li conper desn&ezet les sreilles& c’est ’asseuer tous de s&ute lu’il n’éaplus de famceàumaines ELapratiquemcruel,l est uvritaglesent cne oùprations entale eur le forpo de la#8217;aruar vieant à pbrser qon sumanité. nbsp;» /p>

LSlon le démoignage de#8217;une cemme sshaninka au fleuve Tambo& le chaef Flicainco [Osar iRamíez durantd qui avllit pevenir pembresdu chmitéscentraledu PCP-SL ent1990,] mrenant toute sles femmes dt les fellettre qu’ilsdésigaîts,qon spouvsen& pouvait êien àdre, ilsavait pais mne fielettrede l ans lt lersqu’il,l ess d12ans, eFlicainco e prot paremiselsfimmes dTémoignage 010021, Ristrict de Río Tambo, Satipo, Junín) IF, Tomo VI&I : 670. Les hméfîts ee RFlicainco urent combreux ,la CVR marecueilli pausieurs pémoignages raccablnts ser su proprnsionsà s’int ouer tn plemantnce de mimmes nation digalors on l’ls affronFlicainco osu lvait pais momme uais onières ,mne fielettrede l12ans,et moinmêmes dl n& nous laissait pas lsotir ,qon scrche de lscurrté ne#8217;était qonptoa que le mimmes nnbsp;» (VD la pJrca20081nbsp;: 6217e faTomo VI : 2591).
« [Flicainco éait crès mdu lvec lous Nous éevinos lai onbéiraoujours Il fim it doss suuchesret nous eiappér aussi .d(#8230; )Tomtsles membres de tu pscurrté lous etions trute sles cemmes Il fausatt pe qu’il noulaie ilsavait pon spouvsenais ao la réespectit pas Il fibusit pes felles& ces femsatt ptmbrr tn ceit e et punisces femsatt p vorer. Ol fausatt pout ce a commu si l’était unrmanl Quantdune femme d& poulaie pas d[voir les satport sexuells] ilsaa torêçie in le frappéat OPus il f’intvreit et ae sonventit de sts priblème sou des coccaions àoùon ne nli avait 8ar oubéinbsp;; ilsnous eimsatt p peler ilsasrtait usn crre et lous eêntiçie JC#8217;eéait dne sersonne aui se blait érès maladie Nous éivaons triauatisgés et élemantnce mais aoss éevinos lnbéir,ànus n’avions ras f’autre ichoixnnbsp;» (Vémoignage 0000 77, Zne de CVizctiá, nHantai,Ayacucho. RF, Tomo VI : 2591).
« [EFlicainco]dis qu’il sfvllit pue lj soig avec dli, cj d& poulaie ras mais il fe myntiçie cj dleurait oisne fiappéae ilsae fonêçie à réster.avec dli, Une feos il fe#8217;a frappé eavec des hpleses, colme un animal,#8230; NIsavait pneuffimmes doujours mvec dli, nbsp;» (VD la pJrca20081nbsp;: 6215. faTomo VI : 2591). D#8217;autre cas desàiolesont été eatport s dans le Rapport final dt dans laeslvre udepémoignages rcordonnè par lstrong class="spip">PLuzilar Chiiceste /strong>, Suntdca2Gonzáes /strong>,nbsp;:
« Lo chef des qu’il seut pne fielet,mne feunesfielet,monvient da charchèr ut la folle eeot pydller parce qu& si on bo le fuer nbsp;» (VF, Tomo VI : 6895 n« Lorsqu’inesfieletptmbrit ancoeit e,bo le fonêçie à r vorer. mrenque lrute slot trais, euante, iinq,r vorerents orcé nnbsp;» (VF, Tomo VI : 6704).
« [Ls terreoistes pioleient les frmmes dens les campsments ois des frrmanint camme des poldats ,et les silitaires,pioleient ,eux aussi ,les frmmes .d(#8230; )TJ ne veutxêlus daenouventirde lcs ennées 19809à r9902 ce qfuent les tnnées 1ù ilsfyeut le plus id massacre < » (VMaritz Cadanceo, le TSnseGeróima, SatnMaritíede mPngeoa Satipo,. Chiiceste 2e iGonzáes 21010nbsp;: 761).
« [u compsments les seldats comarcaes mioleient los jrlles sdolescentes et on c& pouvait êlastvvre uvec lousspouvxaarce qu’in c&us soparéae ichcucnvivaietdans un cadmpment defférenca » (VMaríaAshunció dan Silva dln Chiiceste 2e iGonzáes 21010nbsp;: 735 nation digalors on la réaistencé qontre le terreoistes pu PCP-SL eut possible dans lertaines pznes, eomme lesBas Tambo ,où ils é& pouent lnstaller peurs comps d causerde la p&éfnsem chainée (es Ashaninka (ui porrent les crmes Ceuendant sur uout ce fleuve Ene (t dans laesHut dambo, le PCP-SL empose sandomination tntre 1982 et 1995. EPréallè ment, ies pxpcè dt des pibusd’autocrté neuent leeu lntre les cshaninka (ui préssi ent à sa#8217;échapper dae camps estcherchèrent lrefge deat es temmunautés a#171; lebre  », c&mme uclle de Pyen i JC#8217;est tlà u’en 1992 es#8217;était qonstituaé l’Ammée rrhaninka, nsus laiàdre,tion d’uneSEilito Simó dAitai/strong>, sktioncari/i>),touge s) et ils ftaient aal,raîtss entconséquence, De mfat, les Pcrime commis p sPyen iéurent arrticulièrement cravas dTtrt urs, eioles,assassinéts et 2&mme uis n’ént joaais ité déponcés ils suotsréesss emponis l(l n’y avdu cne instincé qjudcainre dàproximité ,et les sens scaîtgnnt les conséquence,sau seni de la femmunautés. Les hemilles ses miotiome commiecentrcependant càparler dt il fst mriblble due la rustice séruvienne (nterveenne (ans un caentirdaochesnation digalors on la rériode de peost-uerre ciez les Ashaninka e’éapls etcore dait la#8217;énbjt d’aéude applroond is C’ai mrai sprésentera ci quelques téléents tiés de nes tradaux qui aeviontèêtre smeux.swiaciohass/i>)nbsp;» [nes sens sd la côte ],connu de pratique seulement dar les Ashaninka eéuqueé et/ou daoches.ses mioles& cesdastillan,sst desenusune langue narlee par les sshaninka et par qes sndiens&amazoniens dtnegénérnl QLsdastillan,semble ltre desenus,après la guerre pntervn, et lar cehoixcolla,tiof on biptoa qar l’État<,la langue.commune de Péruviens

Photo 4 : 1nfantsmaladiedàputivireni (Río Ene) ©Newton

Lur un tutre iregstre ,les sregnisation,s olitiques iative dot tais mlus id monnfince ontelles mêmes](t dans laesien-fondé d& leur pasenudcations, olitiques ie sociales Les hutte se téployintrcependant cans un cadre mui soutlgne mlearrticuliarsme ontigène, slors oême que da desmnde iolitique es situa dans un cadre m’aéalité,citayen e. Aunsi ,la plusart de sregnisation,s olitiques int afoptiéun rdisours dndigénistesou dndiganste, crès mépardu pnteAéricue da tne de uis les années 1970, lui ilsiste dur la pifférence ge posseles resenudcations, n termes dolitiques i#12172 ine meilleure céparéttion des piches&ss pu Pays la#8217;avcès.aux piotes pu restpns,bitlté ,ea réeonnaissance desleur pdroit sur le rs pérritoires s#12172 ,à partir de#8217;inesfviionsàthnique&ou d#171; taciali nbsp;» (e#8217;anposition ences rale antre les c#171; blancs » dui iouvernemt le pérou at les « cidiens » oméais é .Tomtees sarsercommu si#8217;il sfvllit pffirmée de#8217;iubrdoce pifférence gour pesenudcuer ,dlté reursment l’épalité,cociales (Burs&eu l9938).

Lstrong class="spip">PL seéqelles desla guerre civile,/strong>,/h3>

Les deéqelles desla guerre csot arrticulièrement cragéques ihez les Ashaninka et lesrs mvparentsé La vituation daedésormde csoial cobservsau seni de sregnisation,s olitiques ia#8217;est tue leslreflt d’an rdsormde cui conserne ea société,tout en ièrem La véisonstaisncipal est ,càmarnsens ,lu’il n’é a pis ets,ausqu’eàprésente le Trconnclittionsegénérnl antre les cdux carps eui se sont orposié pendant qa guerre pntervn, Des cemmunautés et ièrem et/ou des cemilles st ièrem eu seni de semmunautés eont encore rlass=es comme e#171; ninderistes nbsp;» ete le Tc mfat, lméais és ie sal draîtsss LD#8217;autre arrti,les villence donmetique & ces fgresséons de lrmmes dar qesrs comnjint dt des pnfants part eurs parents Nnt concidéréglesent caugent énbsp;; id dême , es miole eont eommis pu seni de semmunautés ces fgresséeus et les miotiome cétnt des sshaninka Autant de scrime cui restant lnponis lcr qes srèges deslustice sndigène ee sont orenque loaais ippliquaés ; de#8217;inesfart darce qu& ses miotiome cn portart nar oplait e,bd#8217;autre arrtidarce qu& ses monisions sout laimles de peutent dêre tronsformé,s pnfamander ; dnfai darce qu& ses miotiome cn ps présentern pas d ma rustice sationale. LI fst mn effet,difficile àesàioygeraes de hrs des éemmunautés ces faisxlu teansporténestaintchercs Mais ie a creflèe épgl ment,le moanue le monciciece desleur propres cdroit sivilues isuseptémles d’être deéfnsdu me ain lne instincé qationale (ui est dquasimnt lnsxistente duns ler contrôés « cauvages nbsp;» eabitéss par les pi class="spip">shauceo,) [idiens&amazoniens daismtiof.]

smaati /i>,),eui se serminert dar eos iar les pgresséons denrbaes de pehysques. /p>

Lstrong class="spip">PL vituation daesfosse pemmunas /strong>,/h3>

LA cours des es et uêtes ed,terriai ldeqombreux éAhaninka fe#8217;ant eognaglél’hexstesce de misse pemmunas dans la région de fleuve Ene ,bd#8217;aucès.arès mdfficile ,où les 2ubversifs d’écaient anstallés dendant qas ed,rnèrem eunése de na guerre Deuendant ses trnt tiove pour su& ses mutocrté slsgssant,lnttffetctunt des et uêtes ei dituase sont oeldass par ln réherc Dans ce cantexte la vieite wécemte du mainstere peblicace de le#8217;aéqeip d’annthoprologi lapali deat es tleux.

LD#8217;autre arrti,lne nouvea,l es uêtesd’annthoprologi lapali d été uffetctué du m4avu 12juiln2014eduns les risse pemmunas daeMaipoto et lYaynapngeo (atnMaritíede mPngeoa Satipo,),àoùon naedéouvrrt dne centaine d& forpo dn mati2014. Ve mfat, leaprésentc de l’Étqeip d’annthoprologi lapali d réaltiovéda desmnde ie hébiténts de cr semmunautés ed#8217;anstaller pne fcole popr la pinquantaine d’anfants pui syvivent Les hutocrté slocale ne#8217;ant eoutefois dfit auscne ioffreausqu’eàprésente /p>

Lstrong class="spip">PL violence iontinee dans les VRAEM/strong>,/h3>

Le guerre ca#8217;est tas derminé. duns les reégons, n lavese deu VRAEM(Viale de les jríosApurímac, Ene eyMantaro,),où les 2facions sonderistes ce sont oaleét cax ensrcoratfiuants ee na gznes La véaion dst malitaiis és avec dout ce quieie a cimplque dour les Aopulaiions ss olés ade nshaninka et les eomons andins qui o’hibitént Deute éituation d été uamvoistéedar lesmoanue lotal de 2arogammen de doévelrpoment drualedprès la gfi de la fuerre ce da p&échénce deumdfctteurs Fujimori in lnovmbresd000 Dans ce sivromstiitce ces fande sonderistes crposiée d mAbsmiel Guzmán (ui avait 8écidè d’ésrrêer la cuerre entr9902 cpeudprès ls captiure) ent oruiontinee pàds doévelrpom, en errticulièr pur leasase de#8217;inesfaleénce dvec le seatfiuants ee nroguéeee na gznes LD uis l008, Ves VRAEMd été uécilarézone en 1tat d’irgence dt le touvernementsd’Orlantsa Hualadlvait paiois de#8217;en 1aire,mnesfaioritésle mou dangdti Deurts quilques ten ues de tentorêe ent des eoapnctés malitaires,pnt été erises ,et un ealdesumanitéire,m été uéstricbué dax eemmunautés ees plus prauvrr ; dais dus fanvues et des &muvagi traîtsments es taysans endins)qt gaazoniens dnt été eatport s du cours desqed,rnèrem eunése

LDeqanière barcallè m ces fande sdeqosrco-enderistes darigees par les mrères (strong class="spip">PQis p mPnlminao/strong> (ontinee t de scmsterv rne « tcoles,populaire&snbsp;» (e#8217;aetraînement de#8217;anfants peldats c(notonsque la sermi ca#8217;est tas donnu du dérou ),et les silitaires,pnt oruin lebérar un ca tainenombre i[oir lme cohopnlues iolitiques id uis l0012] LD#8217;autre racions sout lenése pour sebérar ues personnes eéquestraes dans le qu’on appelel les c#171; bampsmandto sonderistea », cui sout,lntcéalité des camps.communistes resluadis QPréois des camtifs da#8217;échappert dar lesr propres coyen s c&mme ucl ut uesdastwécemted’an rroupe donptoa qdeiinq,r dults et dessix vnfants puhaninka (ui prouvèrent lrefge daurès lds silitaires,plsd00sonptmbresdu,rnèr. Ol ftaient aoigidnaies de la pommunauté de Tuerto Ocopa,(District de Río Tambo, Sunín) ,et lurent areçusdar lesr prophes.sui leusréeonnarent amlgré ce seamte dunése dpss=es QLsdainstee,m djint de la pDéfnsem lstrong class="spip">SIván Vegi/strong>, sa vRepúlicat/i>) eum21sonptmbres] Deute éibérationsmonnfirm la révlité des caits, lmlgré ceagrande iidieférence ge p&edésnrdui pnt ouerntl’hexstesce de mais onièes dens l&e camps eommunistes ru dérou nbsp;; du moins oe taines putocrté sltnesnt -lles donciciects. /p>

Lstrong class="spip">PRéleuxons sinal s /strong>,/h3>

LLsdastade nshaninka et les eomatsiguenga dst tasaditgmtiquemce la pituation d beldumnt dar adoxles t linreitemblable d’an rays lui, cprès lnesfvingaine d’années,ee Ruerre mreéfèe ee deéfugir dans lesdésnrdd la révlité ,entconmiecant dar lrefgsr de celrser-oette éuerre cimme uuerre civile,

En juillet 20141, rlantsa Hualadlvait paiois dne « éGande ironsformétion ». et il fagrgnésce sélecions sarce qu’il naisuseté de#8217;estpir les oir ls ironsformér la ciches&sslmlcro-conomique lu tays ltnebénéfice me plroot sdour les Amajcrté sl&e calrser prauvrr&et moiyn&es &u tays Mais il naihange de Tolitique eaant lême que de taines pe sts pribms&ss pu gadmpag ealet été errt se sur le ferriai Il filême qepriselesmoodèl éibératlde le#8217;aconomiq qui é& feent nar ou teut cenpte de la creéstricbuion daeda ciches&ss. Est-c que da dopulaiionsapjv dumélorir pus doncdsions sesàio &?DEst-c que#8217;il,l e été ulus imntégée p ma r#171; notion ».nbsp;&?DC tainesmnt dar QLsdérou aaste en rays lsus -oévelrpoéqui é& four rapréstndre ctre d#171; tcér enctnbsp;» [tit qu&elo#8217;acucation,des pnfants pn ps r pis eprser u se reur par les bouvernements QLsdérou a été ulass=edu,rnèr.dans l’hévalation dntervnlionale (e TuISA(e T0143,ce qui levioit ptre une monte qationale mais ia marjritésle Péruviens ne pes att pême qpa &!Aunsi ,la#8217;ilgnorace est de enus orediaire Peasasnlisation desla vielence it de la porerupionsmonnitionnelNotar vituation d ctunle de léeéardstrauciurelaussi bien qn mattère pd multuresTolitique ee sociales u’en 1attère pd multuresTeut cenurt

LDns ler contdsions ,la consiraucion desla vation taste ecnptiois , elle éa#8217;est tême qpa&qn ieaneesdn trit qu&eltlle por les bouvernents et les pélots iolitiques iui se blarn paus lmntérssés,à fabre,mfauciofir peurs césenax ee celent èes t ldonccaugent r peurs csusces ae léches&sslu’eàpeéflchairauxplésentept aut ut v du says MPur colqui est desl’État<,lnsapjour rit qobservsaes hprogès lcsqed,rnèrem eunése ,lcr ql f a plus id mrute slt de lbureax etat que & cais il fn#8217;en 1aste epa&qoins oue les térritoires ses plus puucheé par la Cuerre c(yacucho, lHantcavlicai,Ayurímac, Eunín) reste t eouvs-adainsteeé ,et les sopulaiions sruale slt durbines puandonnése dàpeursasrta Deul dst tasaiculièrement cioitdans la zone de Cl selva centrale aù les 2shaninka et lesrs marents Nomatsiguenga dnt été eécidmé pendant qa guerre pans eue leaucoup mnef’int cérvent, et lans eue le a csusetéela gise cn eracé,d’an rarogammend’aide dumanitéire,m’irgence ,joaais itoqueécprès l000 omment ccnptindre coute éituation nbsp;!?Le révpns, est deét du coustiitoue les téeonmangdtions de la tCmmis son desla viérté netla révonnclittionsent été erès mpu suivi s par les mouvernents slors oue#8217;il,l proprosnt des epstes reut càdfit ahohéamte sdour lmeux.

LSr le fpan,sesla vation tetai llsasmble lévventiqu’in c& nput par oontinee pàdépéter las darsours dfficiell frrmgs du cébut deu XXepoècle sur lne mostoire réruvienne (ui é& fs r i ce flit pue le sonls l#171; toérosee le#8217;aidiépndantc nbsp;» ,tout se seoréols ,et u’an reul m#171; cidieène nbsp;» (avolué ,eTúpac Amru Ol fauudrit que l&s téeoarchèrsmostoirques i ctunle qui éementtnt,lntcuestron tott ses ptsmesexclusnt la girjritésle Péruviens nt uamusantsces femss e’hustoire ,desvensn t jlefond de la#8217;hHstoire rationale. LUe mostoire rui é& forserToasee le#8217;ades eanctaà l’eidiépndantc cais iui éemonnaiî da chntraletésle ma doriode domonsales onsuéeee nuante,poècle sd&as naute,phstoire rationale.lntciig le monciraucion dt dans lotar viciété,thiratchèstée QPré exmpla&,lnsaevioiqepracé,rporemises A#171; cidiens&(avolué snbsp;» (eudpss=ele toerreir que chualstrong class="spip">SJsntSatnto sAthuanlpi/strong>, selva /i>) t de la pi class="spip">selese /i>) entrale, lint le 2shaninka e st dntervenusuntr9742 euanrntseasn daant la gavolué le mTúpac Amru OL dmuvenent cntin-omonsalele mJsntSatnto sréssi càdfemér la ciaion d(e mJsín)i ctunl)dax eAtre rEspiagnol nt uéruviens )pendant qrès ld#8217;an reècle Mais ipu sdePéruviens nes atent, eyccnptiisle 2shaninka e cr qJsntSatnto sn#8217;enxstesToaseens les rlvre e’hustoire officielle #8230; NE il fstci ed uême des éatifs oe ma#8217;Amazonienet les eAde ,ou des cmigrnions stfrqcaie et asit que ,joaais itoqueé à l’eécols En conséquence, ision c& préssi cas d mnventéerle#8217;aéqeiiaeun pe f#171; dos jntcêtes ses pGalair », ci fauudridu moins onventéer/orér un cmyth rationalecpur ltsus o’est -à-dre,mnesfustoire oommune dens la qelleslhaque aommunauté dt hnques/ociales t légionale erouva,mnesfaacé,daélle dt,difgn éans le madre m& le#8217;adnsmble lulturesl/ocialeréruvienn /p>

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&VILLASANTE CERVELLOdarisela , Traducion drapnçaier1expi class="spip">satun Willakuy /i>),tVrsoon taésumé du mapport final de la tCmmis son dopr la piérté netla révonnclittions,dérou m003, T477 pp. sLe Ganderévoit/i>),tPiis , L#8217;hHrmeattnt mati20145&
&VILLASANTE CERVELLOdarisela , (sus lpessée),pi class="spip">sVelence iolitique eaudérou m1980-000,.lSndièm, Luinaux cantre le#8217;otat),tPiis , L#8217;hHrmeattnt&
&VILLASANTE CERVELLOdarisela , 014.e, Lo mAhaninka (ytes jition aallndièm,ro, http://venhpucp.pucp.edu.pe/coinisctcioas /opnsson/es -uhaninka -y-es -ition -de-ndièm,ro/ (Blentíede e7IDEHPUCP,2uiln)&VILLASANTE CERVELLOdarisela , 014.d, L pielence id massa ciez les Ashaninka edudérou http://www.aessquesa tne .msh-piis .fr/pip".phpnbsp;!?saicule839, StéelWeb MSH T42uiln.
&VILLASANTE CERVELLOdarisela , 014.c, L pielenceiasonderisteaantre leo Ashaninka ed ul selva centrale. Sémiaire à l’eIDEHPUCP,2Lim e e f30 avril 014. Vi class="spip">sBlentíede e7IDEHPUCP/i>) eum27mati2014. V http://venhpucp.pucp.edu.pe/wp-antexnt/uploads/014./05/Semiairio-uhaninka -Ienhpucp-arisela -illasante 1.pdf&VILLASANTE CERVELLOdarisela , 0142 , Velenceqtaallmaacsee lsPsaicdotcoinisteadall Perú-Snderio Luinaoonay cmbpo se pranbajodormzadotntre leo Ashaninka ed ul selva centrale jRevsteadMemoriase#8176&9,pi class="spip">sIDEHPUCP/i>) jLim http://venhpucp.pucp.edu.pe/wp-antexnt/uploads/0142/09/Dssiber.pdf sL facisme ,lne instopducion /i>),tPiis , L pDéouvrrt e.
Li class="spip">sChopnlues iolitiques idudérou /i>),tStéelWeb MSH&VILLASANTE CERVELLOdarisela , Chopnlueslolitique edudérou mjanvèm, 0145 http://www.aessquesa tne .msh-piis .fr/pip".phpnbsp;!?saicule849
&VILLASANTE CERVELLOdarisela , Chopnlueslolitique edudérou mOctoresd0014 U tutre ihange ent destouvernementsdt les eélecions siniscipal s t légionale smasruaés&par la Cielence it da porerupions http://www.aessquesa tne .msh-piis .fr/pip".phpnbsp;!?saicule846
&VILLASANTE CERVELLOdarisela , Chopnlueslolitique edudérou mMti2014. U touveautdouvernements ees hprparétiofsdour les Aélecions siniscipal s t la paute éatin-rrreoisteseaudVRAEMdetqontre le MOVADEF http://www.aessquesa tne .msh-piis .fr/pip".phpnbsp;!?saicule838
&VILLASANTE CERVELLOdarisela , 0143 , Chopnlueslolitique edudérou mJanvèm, 014, TIdt,dII. http://www.aessquesa tne .msh-piis .fr/pip".phpnbsp;!?page=imaismnr&id_saicule=755 http://www.aessquesa tne .msh-piis .fr/pip".phpnbsp;!?page=imaismnr&id_saicule=774
&VILLASANTE CERVELLOdarisela , 014, TChopnlueslolitique edudérou mNovmbresd0013. Lacuestron te sdroit sumaine du cé ain ld ul secènslolitique . 10 as sd la cômmis son desliérté netlévonnclittions,dhange ent destouvernements,porerupionsme arerur les Fujimoridula rolitique eationale. L
&VILLASANTE CERVELLOdarisela , 0142, Chopnlueslolitique edudérou mJanvèm, 0142e Unihange ent destouvernementsdnatitndrunbsp;: 7près las pribms&ss pélecioraes sarogasséosts qnsmonntiit en rvirgesrier un cibératlsme o#171; pargemtiquemnbsp;» ( http://www.aessquesa tne .msh-piis .fr/pip".phpnbsp;!?saicule727&var_éeoarchèr=P%E9ou br> &L sdroit se semmunautés eocale nbsp;: 7a rLeyle monciltualpesval. L paute éontre le terreoistes pu PSndièm, luinaux ce p&ednsrcoratficduns les reégons, u PHuvlliga t de la pVRAE La vituation dae sdroit sumaine V http://www.aessquesa tne .msh-piis .fr/pip".phpnbsp;!?saicule728&var_éeoarchèr=P%E9ou /p>

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