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>>Rodrigo Rey Rosa, Belles Etrangères 2008

Paris, lycée Balzac, novembre 2008



Rodrigo Rey Rosa est né à Ciudad de Guatemala en 1958. Après ses études, il est allé vivre à New York, puis au Maroc où il retourne régulièrement. À Tanger, il a participé aux ateliers d’écriture de Paul Bowles qui a traduit plusieurs de ses romans en anglais. Aux Éditions Gallimard ont déjà paru avec succès Un rêve en forêt (1997), Le silence des eaux (2000), L’ange boiteux (2002) et Pierres enchantées (2005).





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Alan Mills et Rodrigo Rey Rosa à la BnF. Photo : Nira Reyes


La rive africaine a la beauté d’une énigme. Dans ce court roman, Rodrigo Rey Rosa met en scène les destins croisés d’un jeune berger marocain et d’un voyageur colombien qui perd son passeport à Tanger et ne peut plus quitter la ville. En principe, tout semble séparer les deux protagonistes. Hamza rêve de partir un jour de l’autre côté de la Méditerranée ; il veut devenir riche, comme cet oncle installé en Espagne qui lui a récemment fait cadeau d’une paire de baskets. Ángel en revanche ne sait plus où il veut aller. Le temps d’obtenir un nouveau passeport, il déambule dans les rues de Tanger à la recherche d’une vérité qui lui échappe, peut-être parce qu’il n’arrive pas à la comprendre ou simplement à l’accepter. Par leurs liens avec d’autres personnages de la ville - Rachid, le seigneur de la Casbah ; Julie, l’archéologue -, par une chouette captive tantôt de l’un, tantôt de l’autre, par la géographie qui les place au bord du détroit de Gibraltar, avec ses trafics, son charme et ses tentations, leurs vies vont totalement s’imbriquer sans que jamais ils ne se rencontrent.

Écrivain de notre village planétaire, Rodrigo Rey Rosa tisse ici, d’une main de maître, les fils de l’histoire secrète unissant Ángel le Colombien et Hamza le Marocain. Et il le fait avec un style limpide mais dont la clarté est en réalité trompeuse, car elle souligne la part d’ombre qui entoure les protagonistes et rend leurs actions à la fois mystérieuses et inévitables. Pour chacun, Tanger est ce lieu de passage emblématique où se dévoile le fragile équilibre entre liberté et contingence gouvernant nos destins. Nul ne saura dire s’ils s’y sont égarés ou retrouvés, peut-être parce que dans ce monde de migrants, entre l’Europe et l’Afrique, entre le « premier monde » et celui qu’on appelle le « tiers-monde », toute idée d’identité est devenue désormais échangeable et transitoire. Seul compte le rêve d’un avenir qui pousse chaque jour des centaines d’anonymes à traverser clandestinement le détroit et à essayer d’atteindre l’autre rive, là où la vie peut encore être synonyme d’espoir.

Traduit de l’espagnol (Guatemala) par Claude-Nathalie Thomas.



Un garçonnet de cinq ou six ans est renversé par une voiture près d’un parc, dans la capitale du Guatemala. Par crainte des représailles (et parce qu’il transporte de la marijuana), l’automobiliste s’enfuit et tente ensuite de cacher sa voiture dans le parking de l’un de ses amis. Ce fait divers, apparemment anodin dans un pays où la vie est à chaque instant menacée, devient ici le point de départ d’une intrigue fascinante qui nous fait découvrir la véritable face d’une société corrompue et malade.

Jamais le roman noir latino-américain n’a proposé une analyse aussi fine du surgissement de la violence et du mal. Nous les voyons naître dans les paroles de l’ami qui trahit l’ami, dans les mensonges de la mère qui n’aime pas son enfant, dans le machisme de l’homme d’affaires sans scrupules, dans les combats quotidiens des démunis pour trouver de quoi tromper leur faim.

Faisant alterner les points de vue sur un rythme haletant, dans une langue tantôt sèche tantôt d’une grande sensibilité, Rodrigo Rey Rosa se révèle, une fois de plus, comme l’un des plus solides romanciers de la littérature latino-américaine actuelle.

Traduit de l’espagnol (Guatemala) par André Gabastou.



Sur fond de splendeurs tropicales, d’eaux profondes, d’oiseaux bariolés et de vestiges mayas, quatre destins s’entrecroisent dans les forêts du Guatemala, Ernesto, un ancien officier porteur de lourds secrets sur la lutte contre la guérilla, ignore qu’il court à sa perte lorsqu’il décide d’y passer le week-end avec la séduisante Emilia. Celle-ci lui offre un amour qu’elle croit pouvoir maîtriser. Pourtant, pas plus que Lucien Leigh, le vieil écrivain anglais riche d’expériences et de voyages, ils n’échapperont à la violence d’un monde dont la beauté cache souvent les souvenirs d’un passé perverti par le mensonge. Pedro Moràn, le fier lieutenant d’infanterie, voudrait voir disparaître ces traces devenues trop encombrantes. Il n’hésitera pas sur les moyens de parvenir à ses fins, car il sait qu’au Guatemala, en temps de paix comme en temps de guerre, un militaire se doit toujours d’être efficace.
Dans ce roman noir en trompe l’oeil, aux pistes qui s’enlisent, Rodrigo Rey Rosa manie avec adresse les fils d’une intrigue saisissante. Il a le secret de ces notations délicates qui peignent par petites touches l’état d’esprit des protagonistes et suggèrent toujours plus qu’elles ne disent ; il est maître dans l’art de laisser venir les événements à pas de velours et d’amener un dénouement terrible sans cris.

Traduit de l’espagnol (Guatemala) par André Gabastou.



Juan Luis n’aurait pu imaginer que trois de ses anciens camarades de lycée s’étaient concertés pour organiser son enlèvement. Pourtant, Le Tapir, L’Horrible et La Lapine rêvaient depuis longtemps de soutirer de l’argent à ce riche héritier guatémaltèque. Ils avaient soigneusement préparé leur plan, allant jusqu’à engager les services d’un vrai professionnel, Le Sefardi, et d’un petit délinquant local, Charlemagne.

Aveuglés par leurs ambitions, les trois apprentis sorciers n’avaient cependant pas prévu que les choses pouvaient mal tourner. Froid et méfiant, le père de Juan Luis, en homme d’affaires avisé, refuse de payer la rançon. Le Sefardi, de son côté, perd vite patience et décide de prendre le contrôle des opérations. Ce qui devait être un travail sans bavure devient alors un bras de fer sanglant qui entraîne les protagonistes dans une folle spirale de violence jusqu’aux frontières de l’innommable.

L’ange boiteux porte le sceau original de Rey Rosa : des dialogues nets qui laissent néanmoins une étrange sensation d’ambiguïté, une composition translucide et rigoureuse, et une écriture envoûtante, à la fois très présente au monde et subtile, silencieuse, comme en retrait

Traduit de l’espagnol (Guatemala) par André Gabastou.

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