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>>J.M. Servín, Chambres pour personnes seules, éd. Les Allusifs

Paris, mars 2009



Né à Mexico en 1962, Juan Manuel Servín se décrit volontiers comme un écrivain et un journaliste autodidacte. Il est l’auteur de plusieurs romans dont Por amor al dólar (Planeta-Joaquín Mortiz 2006) et Al final del vacío (Mondadori 2007), et de recueils de nouvelles : Periodismo Charter (Nitro/Press-Conaculta, 2002), Revolver de ojos amarillos (Almadía 2006, réédité en 2008).



Des frissons me parcouraient, l’émotion m’asséchait le palais, je fumais avidement pour remplacer une gorgée d’alcool, dont, à cet instant-là, j’avais désespérément besoin. Contaminé par la soif de sang et le pétulant goût morbide du public, je voulais intervenir d’une manière ou d’une autre, mais sans me décider à parier, je ne m’intéressais qu’au combat en lui-même, et à la confirmation de mon savoir sur les chiens. Il pourrait sembler absurde que, justement, ça ne m’ait pas poussé à miser mon argent, mais je n’étais pas prêt à courir le risque que, en un seul combat, mes pronostics sur l’animal qui devrait le remporter en raison de sa taille et de son énergie se cassent la figure à cause d’un coup de malchance. C’est un spectacle hypnotique que de les voir aboyer et se tordre, furieux, plantant dans l’adversaire leurs crocs blancs, mortels comme des pieux, se déplacer en rond en guettant le cou qu’ils devront déchirer. C’est cela qui permet à un chien de remporter le combat, mais il a besoin de beaucoup de force dans les pattes arrière pour bondir et, si le cas se présente, pour surmonter une chute qui le mettrait au bord de la mort ; il doit refermer ses crocs sur le cou de son adversaire et, dans le même élan, plaquer son échine sur le sol. Personne n’allait se ruiner en paris, on le savait, mais l’émotion du combat en avait besoin. Ça pimentait l’affaire. La seule chose qui comptait, c’était gagner quelques pesos et se foutre du perdant, un chien, en fin de compte ; quant au maître, on ne lui parlait simplement pas, il n’y a aucun intérêt à être proche de quelqu’un qui a déjà déçu la confiance des autres, il fallait attendre qu’il amène un autre animal et, au cas où il gagnerait, alors d’accord, on lui montrerait du respect en échange de quelques pesos. Qu’est-ce que c’était d’autre, le respect, dans cette masse excitée et avide ? Une fois chacun chez soi, tout retournerait à la routine. Ce qu’on négociait, c’était un moment de détente.

Traduit de l’espagnol (Mexique) par Robert Amutio.



Retrouvez le site des éditions Les Allusifs et le blog de J.M. Servín .


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