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>>« Toi le divan, moi la névrose » par Alicia Dujovne Ortiz

Paris, mars 2008



« Toi le divan, moi la névrose ». Dans ce vers du joli poème de Madame Bruni, « Le toi du moi », nous pourrions peut-être trouver une petite indication pour les temps à venir. En inversant les termes, cela va sans dire. Mais, le poème ne suggère-t- il pas justement que les rôles de l’amour sont fluctuants : « moi la rose, toi l’épine/, moi la cause, toi l’effet », ou vice versa, « moi l’épine, toi la rose », « toi la cause, moi l’effet », etc. ?
Pourtant, si je peux me permettre, le moi de Madame Bruni semblerait être moins proche de la névrose qu’elle ne le prétend dans sa chanson – si on entend par névrose ce qui est visible à l’œil nu, pas à l’œil caché sous des lunettes de soleil. Je veux parler d’une névrose qui grimace, d’une névrose qui se crispe et se contracte, là, devant nos yeux. Alors voici la question : si un président peut à l’évidence devenir névrosé, est-ce qu’une diva peut exercer sciemment le rôle du divan ?

A la réflexion, pour vous aider à résoudre le problème, mon expérience en tant qu’Argentine n’est pas aussi utile que le conducteur de cette émission a l’air de le penser en me poussant à trouver des liens entre Madame Peron et Madame Bruni. Il est vrai qu’Evita, au début, était elle aussi une diva, et Peron, un homme de pouvoir. En apparence, une polarisation typique : elle, la jolie, lui, le macho en grand uniforme, c’est-à-dire, elle, le divan, lui, la névrose. Eh bien, ce n’était qu’une façade. La vérité a éclaté lorsque l’interrogation fondamentale qui s’impose à n’importe quel couple –qui du mari ou de l’épouse est sensé piquer les colères ?– a eu une réponse on ne peut plus claire : la colérique, c’était Evita. A partir de là, le séducteur froid et machiavélique qu’était Peron s’est arrangé pour orchestrer les colères d’Evita en vue de leur utilité. Voulait-il couper la tête d’un adversaire ? Il s’excusait en disant : « Ce n’est pas moi qui le veut, c’est elle ».

C’est cette recherche de l’utile qui fait la différence. Certes le populisme et la peoplelisation affectionnent la mise-en scène, mais le jeu du populisme a moins d’oscillations. Finalement Peron et Evita avaient bien fini par statuer les rôles, comme il arrive dans le tango où le cavalier programme les pas en tapant des doigts sur le dos de sa compagne. (Il y a aussi une grosse différence de sonorité, soyons honnêtes : le tchan-tchan du tango, ce n’est pas la même chose que le bling-bling, ça tape plus fort). Quoi qu’il en soit, ils avaient bien compris, ces deux-là, qu’on ne peut pas aller à droite et à gauche quand on se met à danser, moi ceci, toi cela, non : il faux fixer la chorégraphie en définissant une fois pour toutes qui est qui.
Ce qui n’est pas pour l’instant le cas qui nous occupe. Je vois mal Madame Bruni en Evita passionnée, ou névrotique, se laissant mourir pour l’amour du peuple, pas du people. Madame Bruni ressemblerait plutôt à Peron, dans le sens où lui, séducteur froid, était le divan de ce couple-là, mais je la vois mal aussi en train de mener la danse, en instrumentalisant les colères de son conjoint- véritable excessif avec tous ses X-, pour s’en servir dans un but quelconque. Ceci dit, dans l’immédiat, dans le temps présent qui caractérise cette histoire sans passé, et peut-être sans futur, Madame Bruni pourra jouer un rôle politique majeur, bien sûr si elle le vaut bien, pardon, si elle le veut bien. Je pense à une Fondation Carla Bruni, comme il y a eu une Fondation Eva Peron, mais Internationale et qui réduirait le sauvetage d’infirmières au niveau des pièces jaunes de l’humanitaire. Pour combien de temps ? Sans doute le nécessaire pour trouver d’autres …tangages plus émoustillants encore, par exemple « moi Jane, toi Tarzan », ou alors tout son contraire.

A moins que l’heure des flottements, des balancements, des dandinements, des va et vient ne soit dépassée au vu des résultats de ce dimanche terrible. « L’ouverture à gauche » se révélant peu payante, le naturel revient au galop. Aussi je viens d’apprendre que pour redorer ses blasons après sa défaite, et pour appuyer Monsieur Hortefeux dans sa ferme décision de « poursuivre les réformes plus loin, plus vite et plus fort », Madame Rade a proposé d’utiliser le produit anti-pauvres testé par le Maire d’Argenteuil, qu’elle s’apprêtait à utiliser à Colombes, pour empêcher les sans-abri de séjourner dans les rues, mais cette fois-ci dans la lutte contre les sans-papiers. C’est moins cher que les expulsions, il suffit d’en asperger les quartiers où les étrangers subis ont l’habitude de séjourner pour réussir, enfin ! un départ massif.

Alicia Dujovne Ortiz

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