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>>Vérité des toros à Arles


Septembre 2019

D’une goyesque à l’autre, de Ronda à la bonne ville d’Arles, on sait qu’il est parfois bon de se montrer. On vient volontiers pour profiter de l’événement et du cadre prestigieux. Mais autant que ce soit pour voir des toros capables de séduire, en plus, les aficionados. L’un de ceux-ci a confié à sa plume son enthousiasme, et il nous a paru intéressant d’en faire état sur ce site.

Le pays d’Arles, terre de taureaux

par Marius Brémond

APOTHÉOSE, et ENTHOUSIASME… ce week-end, les Dieux ont eu un sacré boulot dans les Arènes d’Arles, tant sur la piste que sur les étagères… et même dans le ciel où gazouillaient les anges (moins de nuages dans le ciel que de présents dans les tribunes de l’Assemblée Nationale au cours des séances de nuit dans les sessions supplémentaires du mois de juillet…).

©D.Fournier

Le samedi 7, dans une ville envahie d’une foule sage et réfléchie mais fervente, la température montait alors que le Mistral avait choisi la modération. Le « temple » s’est assez calmement empli, du sol au plafond, jusqu’au super, super lleno. Comme « on » ne pouvait pas pousser les murs, « on » avait probablement ajouté des numéros sur les planches…Inutile de compléter le tableau en constatant que, dans les dix premiers rangs (ceux des ceux-là qui payent « bonbon !), ceux qui avaient l’habitude d’Arles et s’attendaient à être « serrés » regrettaient « l’olive en trop » de l’apéritif de midi et que la Direction des Arènes n’ait pas pensé à munir les apparitrices de chausse-pieds de taille « éléphant » adulte pour installer le « vénérable » sur son siège. Plus de trois heures sans respirer, c’est très dur pour des personnes…importantes, à instiller calmement avec un ratio « 3 spectateurs pour 2 sièges » !..et tout cela dans une atmosphère incroyable d’amour et d’amitié entre gens qui ne se connaissaient généralement guère, et souvent sans se comprendre par la langue, parfois même sans comprendre le côté « particulier » de ce qu’ils allaient voir. Et ils allaient en voir des choses pour ce pot de départ en retraite d’un « jeune retraité »… pas comme les autres.
Vincent Van Gogh

Sincèrement, et sans « chauvinisme » aucun, il n’y a qu’en tauromachie qu’on peut rencontrer une telle quantité et qualité d’émotion(s), et que Jean-Baptiste Jalabert pour la susciter. (A titre personnel, j’insinuerais « il n’y a qu’à Arles que le mélange se ferait à ce point ! » .) Donc, devant probablement environ 15.000 personnes (je ne connais pas la « jauge ») dont un beau « contingent » d’Arlésiennes en habit, le « spectacle » s’est déroulé dans le théâtre jaune tournesol. Van Gogh était surement content.

Paseo classique, certes, mais sympathique…on sent une vraie amitié entre Ponce et son cadet de 10 ans… qui part en retraite… ! Ponce commence par un Nuñez del Cuvillo, devant lequel il montre ce qu’il sait faire (ce pour quoi JE l’aime !), mais avec un concours sans compétition entre les deux « Maîtres ». Bon taureau, bon torero, bon combat…2 oreilles sans problème.

Bautista en piste, avec un Garcigrande, bon, mais pas « foudre de guerre », aguerri par le savoir-faire bien connu du Camarguais qui montre bien l’étendue de ce qu’il a appris depuis qu’il est né… Oreille.

Ponce reçoit un Adolfo Martin que je trouve très chouette…mais dangereux. Il restera inédit : méfiant, mais brave, il est massacré à la pique…il en prend très bien deux fortes… mais la Présidence ( ?) tient à en imposer une troisième très forte sous les hurlements du public (pratiquement les seuls du week-end !). Malgré les protestations du « conclave », le toro sort « éteint » et fini du deuxième tiers… Silence pour Ponce.

Sort pour Bautista un toro qui aurait pu être la merveille de la journée, un « la Quinta » dont Jalabert a su évidemment tirer le meilleur à tous les moments du combat de la première minute jusqu’à l’arrastre : véroniques, chicuelinas, mise en suerte des piques, faena et recibir (il a brindé ce toro à ses enfants qui étaient évidemment là, ce qui a dû faire beaucoup de peine aux « antis » et à une certaine dame du gouvernement de la République). Absolument magnifique en tout point ! Un grand artiste et un grand technicien. Deux oreilles… et vuelta posthume complète pour le toro !

Ponce hérite du Juan Pedro règlementaire. Il n’y a pas de mauvais cinquième…On a « fait en sorte » qu’il soit très bon ( ?)… Ponce EST un très bon torero et il sait plein de choses pour améliorer avec son élégance naturelle ce qui n’est peut-être pas dans la nature de l’animal. Il a bien mérité une bonne oreille mais sûrement pas deux, ni évidemment la queue…(cadeau d’une présidence pas effrayée par le ridicule !). Le toro (rappelons que ce n’était qu’un Juan Pedro) aurait pu se dispenser de s’allonger par un détour le chemin vers sa dernière demeure !

Et pour le DERNIER TORO de sa carrière de matador, qu’est-ce que Juan Bautista JALABERT a trouvé ? Un toro si « INGENIOSO » qu’il n’était pas vraiment prévu ! (difficultés administratives ?) Le « Jandilla » auquel on pouvait légitimement s’attendre a été substitué par un « Végahermosa » si formidable qu’avec ses aides Bautista a monté avec lui un spectacle complet intense et plein d’émotion pour l’ensemble des présents dans les Arènes d’Arles, si bien que la demande d’ « indulto » fut totalement unanime et plus murmurée que hurlée. C’est dans l’enthousiasme général que Bautista dirigea INGENIOSO vers le toril après une petite tape dans le dos. Beaucoup avaient les larmes aux yeux. J’en connais. On ne lui reconnaîtra qu’un petit défaut, qui frise la mauvaise éducation : c’est qu’il n’a pas eu le moindre regard pour son torero de toute la faena, tellement il semblait obnubilé par la muleta. Nul doute qu’il se montrera plus galant avec les vaches qu’on lui demandera d’honorer à son retour sur l’élevage.

Après… Juan Bautista coupa la coleta de son fidèle banderillero, fit le tour de la piste avec les petits Jalabert de la prochaine génération, ramassa avec eux bouquets et chapeaux. Il monta ensuite (Ponce fit pareil) sur les épaules de messieurs costauds et ils sortirent de l’Arène sous les pleurs et les tonnerres d’applaudissements.

Pour l’édification des masses laborieuses, je tiens à signaler que l’illustration musicale s’est déroulée très agréablement comme à l’accoutumée, et qu’elle s’est achevée sur le chant de « l’hymne à l’amour » de notre regrettée compatriote Edith Gassion, avec art et sincérité de très grande qualité ! Renseignement pris, l’artiste, non professionnelle, s’appelait Anne Cécile Jalabert, épouse de Juan Bautista. « Étonnant, non ? ».
Les arènes, après la fête

©D.Fournier


Le dimanche 8 , après les festivités de la soirée précédente, l’esprit plein encore de l’incroyable déluge de bonheur dont nous avions été gratifiés la veille, nous avons terminé la « fiesta du riz » sur une corrida de clôture qui était aussi une « corrida de expectacion » (1963 !), …et ne fut pas encore une corrida « de decepcion » : une corrida de « Palha »… J’ai vu dimanche 6 toros que je m’impatientais de voir depuis 56 ans.

Eh bien c’est vrai : « Hay que ver a los Palhas… ».

Je les ai vus, ils m’ont vaincu. Très beaux, pas forcément très gros ( les « miens » 520 à 560 Kg), généralement « negro mulato »(+1 castaño)…et « astifinos », braves et très vifs au cheval…finalement impressionnants par leur « caractère » plus que leur seule physionomie. Les « Miura » portugais sont plus « petits » que les andalous mais ils sont aussi plus semblables entre eux que ceux de Zahariche ! Un escadron discipliné de Forces Spéciales en uniforme…

C’est vrai que les portugais peuvent faire peur aux chevaux et aux cavaliers par leur vivacité agressive, et aux piétons par leurs exigences et leur complexité… pas des animaux de cirque ! Nota : nous avons appris au catéchisme que l’un des premiers miracles de Jésus était la multiplication des pains (et des poissons…). Eh bien, Jean le Baptiste nous en a fait un de sa manière : pour la corrida du dimanche le public total était de 50% de la veille et les étages supérieurs n’étaient remplis qu’à 30% ; pour les étages bas, ceux des « riches », ils étaient pleins comme la veille, des mêmes personnes, aux mêmes emplacements, donc mêmes bedaines, mêmes postérieurs, même asphyxie…et même atmosphère « bon enfant ». Salut les copains… Dieu n’aime pas les riches ! Le dimanche est réservé au repos pour les pauvres !
Les aguaziles se préparent le long des murailles

©D.Fournier


Sur la piste de l’arène, un très bon professionnel le petit « dernier-arrivé », Lopez Chaves, bon technicien, volontaire : vuelta, et ovation et salut ;… ah ! si l’épée avait voulu… ! (petit rappel technique : un « matador » tue, un « espada » le fait avec une épée.) Dimanche, la Pharmacie Lopez était « de garde », mais content d’être ouvert et présent. Nous aussi…

Le « lidiador » Octavio Chacon n’était pas dans un bon jour, et pas trop aidé par ses subalternes et ses toros (quoique respectables) n’étaient pas les meilleurs…la tête qu’il faisait à sa sortie montrait bien qu’il n’avait pas atteint le résultat espéré. Ovation et salut, et silence…

Enfin, le plus jeune…et andalou ( !), Pepe Moral a réalisé une prestation de premier choix. Habillé en « subalterne » (noir et argent), il était quand même avantagé par sa taille (visuellement environ 1.80 m…) et sembla vouloir montrer qu’il était le meilleur. Avec les meilleurs taureaux, il donna les meilleures faenas, surtout avec l’ultime de la féria (Formoso). Grand toro, grande faena. Comment veux-tu l’empêcher d’avoir ce sourire ? Résultat : oreille, et deux oreilles (Formoso) ! vuelta posthume pas volée pour Formoso.

Tour de piste avec Folque de Mendoza et son mayoral.

Sortie à hombros par la Grande Porte.

Tout le monde, encore une fois, était content (sauf Chacon…)

Vive la Feria du Riz !

Bonnes Vacances à « Ingenioso »

…et souhaitons une TRÈS BONNE CHANCE à l’Empresario des Arènes

©D.Fournier

O-O-0-O-O


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